Milton Friedman a dynamité le consensus keynésien de l'après-guerre. En replaçant la monnaie au centre de l'économie, il a redéfini le rôle des banques centrales et jeté les bases de la révolution libérale des années 1980.
Le dynamiteur du consensus
Né en 1912 à Brooklyn, Milton Friedman est le chef de file de l'École de Chicago. Dans un monde dominé par l'idée que l'État doit piloter la demande, il a passé deux décennies à prêcher dans le désert avant que la "stagflation" des années 70 ne lui donne raison. Prix Nobel en 1976, il est l'architecte intellectuel des politiques de Ronald Reagan et Margaret Thatcher.
Approfondissement théorique : les piliers de la pensée Friedmanienne
1. Le monétarisme : l'inflation est une pathologie de la monnaie
Pour Friedman, « l'inflation est partout et toujours un phénomène monétaire ». À travers sa célèbre équation quantitative de la monnaie, il démontre que si la masse monétaire augmente plus vite que la production, les prix montent mécaniquement.
$$MV = PY$$
(Où M est la masse monétaire, V la vitesse de circulation, P le niveau des prix et Y la production réelle).
Il prônait une règle d'or : la banque centrale doit augmenter la quantité de monnaie à un taux fixe et prévisible pour éviter les chocs de prix.
2. La réécriture de la Grande Dépression
L'un de ses apports les plus majeurs fut de prouver que la crise de 1929 n'était pas un échec du capitalisme, mais une faillite de la politique monétaire. En laissant la masse monétaire s'effondrer entre 1929 et 1933, la Fed a transformé une récession en catastrophe mondiale. Pour Friedman, l'État ne doit pas "relancer" l'économie, il doit surtout éviter de l'asphyxier.
3. L'hypothèse du revenu permanent : pourquoi les relances échouent
Friedman soutient que les ménages ne dépensent pas en fonction de leur revenu actuel (un chèque bonus), mais selon leur revenu permanent (ce qu'ils s'attendent à gagner sur le long terme). Si l'État distribue de l'argent par la dette, les citoyens épargnent en prévision des impôts futurs, rendant l'effet de relance nul.
4. La "doctrine Friedman" : la responsabilité des entreprises
En 1970, il publie un texte choc : « La responsabilité sociale de l'entreprise est d'accroître ses profits ». Pour lui, un dirigeant n'a pas à dépenser l'argent des actionnaires pour des causes sociales ; c'est aux individus de financer les causes qu'ils soutiennent avec leurs dividendes. Une vision qui anime encore les débats sur les critères ESG aujourd'hui.
5. Le taux de chômage naturel (NAIRU)
Il a brisé le dogme affirmant qu'on pouvait réduire le chômage en acceptant plus d'inflation. Friedman a introduit le niveau de chômage "naturel" structurel : si l'on tente de descendre en dessous par la création monétaire, on n'obtient qu'une spirale inflationniste sans créer d'emplois durables.
L'État : Un arbitre pour la liberté
Friedman liait intrinsèquement liberté économique et politique. Il proposait des outils concrets pour réduire l'emprise bureaucratique :
- Le chèque éducation (Vouchers) : pour introduire la concurrence dans l'enseignement.
- L'Impôt négatif : un versement direct aux plus pauvres pour supprimer le mille-feuille des aides sociales.
2026 : Friedman et l'ère des Banques Centrales
Aujourd'hui, l'indépendance des banques centrales et l'objectif de 2% d'inflation sont des héritages directs de Friedman. Dans un monde de dettes souveraines records, son avertissement sur le lien entre planche à billets et perte de pouvoir d'achat reste la boussole des marchés mondiaux.
Le regard de l'investisseur
Pour un investisseur en 2026, Friedman est le manuel de lecture des Banques Centrales. Comprendre que l'inflation est liée à la masse monétaire permet d'anticiper les cycles de hausse de taux avant qu'ils ne soient actés. Son hypothèse du revenu permanent avertit également de ne pas surévaluer les pics de consommation liés à des stimulus fiscaux temporaires. Enfin, sa doctrine sur le profit rappelle que, sur le long terme, la valeur d'une action repose sur sa capacité à générer du cash-flow, et non sur des promesses extra-financières non rentables.
Bibliographie pour aller plus loin
- Capitalisme et Liberté (1962).
- Une histoire monétaire des États-Unis (1963).
- La Liberté de choisir (1980).
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