Pétrole : l'Opep perd son troisième plus grand producteur
Coup de tonnerre dans le monde du pétrole. Après près de 60 ans de présence, les Émirats arabes unis ont annoncé leur départ de l'Opep (Organisation des pays exportateurs de pétrole), portant un coup sévère au cartel pétrolier et à son chef de file historique, l'Arabie saoudite. Troisième producteur du groupe avec environ 12 % de la production totale, le pays du Golfe quitte également l'Opep+, qui inclut la Russie. Une décision qui intervient en pleine crise énergétique mondiale, alors que la fermeture du détroit d'Ormuz, par lequel transite habituellement un cinquième du pétrole mondial, fait flamber les tensions sur les marchés.
Derrière cette rupture, des frustrations de longue date autour des quotas de production. Avant le conflit, les Émirats produisaient 3,4 millions de barils par jour et souhaitaient pomper davantage pour monétiser leurs ressources et financer leur transition post-pétrole. Mais le cartel, sous l'impulsion de Riyad, imposait des limites pour soutenir les cours, l'Arabie saoudite ayant besoin d'un baril proche de 100 dollars pour équilibrer ses comptes, contre un seuil bien plus bas pour Abou Dhabi. À ces divergences économiques se sont ajoutées des tensions géopolitiques, notamment sur la guerre contre l'Iran, où les Émirats ont adopté la ligne la plus dure du Golfe, essuyant en retour plus de 2 000 missiles et drones iraniens. Le départ de l'Opep+ traduit également un agacement vis-à-vis de Moscou, accusée d'avoir soutenu Téhéran pendant le conflit.
Les conséquences pour le marché s'annoncent lourdes. Sans les Émirats, le cartel se retrouve structurellement affaibli, l'Arabie saoudite devenant le seul membre disposant encore d'une véritable capacité de production excédentaire. De quoi accroître la volatilité des cours, alors que la capacité de l'Opep à amortir les déséquilibres entre offre et demande se réduit nettement. Reste à mesurer l'ampleur réelle du choc, qui ne sera visible qu'une fois le détroit d'Ormuz totalement rouvert. En attendant, ce départ marque peut-être le début d'une recomposition durable de la gouvernance pétrolière mondiale.
Source : The Financial Times : Pétrole : l'Opep perd son troisième plus grand producteur
Europe : résultats solides des entreprises malgré le conflit en Iran
Malgré une guerre en Iran qui fait rage, les résultats des entreprises européennes au premier trimestre ont tenu bon. Depuis l'ouverture de la saison des publications mi-avril, seule une entreprise sur six a déçu par rapport aux attentes des analystes, une proportion inférieure à la moyenne historique. De quoi rassurer les marchés, qui scrutent pourtant chaque indice annonciateur de turbulences à venir.
C'est sur les coûts que le conflit devrait d'abord se faire sentir. Les marchés tablent encore sur une progression des marges à 11,5 % cette année, contre 9 % avant le Covid, alors même que l'envolée du prix des intrants menace cet équilibre. L'indicateur PMI des prix des intrants (indice des directeurs d'achat, ou “purchasing managers index” en anglais) en zone euro a atteint 67 points en mars, un plus haut depuis fin 2022, en pleine guerre en Ukraine. Parmi les groupes du STOXX 600 ayant publié leurs comptes, une entreprise sur trois a d'ailleurs évoqué des perturbations sur les chaînes d'approvisionnement ou la hausse des matières premières, un niveau là aussi inédit depuis trois ans. Tout l'enjeu est désormais de savoir quels secteurs pourront répercuter ces hausses, d'autant qu'à la différence de 2022, les États européens n'ont pas déployé de boucliers budgétaires pour amortir le choc. Les entreprises situées en amont de la chaîne de valeur, comme la chimie, semblent les mieux armées pour protéger leurs marges, tout comme les services aux collectivités, qui pourraient tirer parti d'une énergie plus onéreuse.
À l'inverse, le luxe, le voyage et les biens de consommation de base se montrent plus inquiets, plusieurs acteurs ayant alerté contre une prolongation du conflit. D'autres pans de la cote, eux, devraient passer entre les gouttes : les semi-conducteurs continuent de surfer sur la demande des centres de données, tandis que les banques, stars du Vieux Continent l'an dernier, restent à l'abri des retombées immédiates. Reste à voir combien de temps cette résilience pourra tenir si le conflit s'enlise.
Source : Les Echos : Europe : résultats solides des entreprises malgré le conflit en Iran
Fed et BCE : le statu quo s'impose face à la guerre et à l'inflation
Deux mois après le déclenchement de la guerre en Iran et la fermeture du détroit stratégique d'Ormuz, les banques centrales américaine (Fed) et européenne (BCE) se réunissent cette semaine pour ajuster leur politique monétaire. Le mot d'ordre devrait être le même des deux côtés de l'Atlantique : statu quo. Ni la Fed ni la BCE ne devraient toucher à leurs taux directeurs, préférant temporiser face à un choc géopolitique dont les répercussions sur l'inflation et la croissance restent encore difficiles à mesurer.
Si la prudence est partagée, les trajectoires divergent nettement. Aux États-Unis, l'économie surprend une fois de plus par sa résilience, à tel point que le marché n'anticipe plus qu'une seule baisse de taux de 25 points de base, contre trois avant le conflit. Cependant, l'inflation, encore à 3,3 % en mars et nourrie par la flambée des prix de l'essence, complique toute détente monétaire. Les minutes de la dernière réunion révèlent une Fed partagée, entre inquiétude sur l'emploi et conviction qu'aucune baisse ne pourra intervenir avant la résorption du choc inflationniste. En zone euro, la situation est plus fragile : un scénario de pénurie de pétrole reste sur la table si Ormuz reste fermé en mai, et le marché table désormais sur trois hausses de taux, quand la majorité des économistes en retiennent deux. La BCE, qui avait largement entamé son cycle de baisse, se retrouve face à un dilemme : agir vite pour ne pas répéter l'erreur de 2021 en sortie de Covid, ou attendre, alors que les anticipations d'inflation à 5 ans restent stables.
Mais pendant que les banquiers centraux prennent leur temps, le marché, lui, a déjà tranché. La poussée des taux longs crée de facto les conditions d'un resserrement monétaire : le rendement de l'obligation allemande à dix ans s'accroche aux 3 %, et le 30 ans atteint son plus haut depuis 2011-2012, en pleine crise de l'euro. Autrement dit, le choc énergétique fait le travail à la place des banques centrales, qui se contentent désormais d'accompagner les anticipations du marché. Une situation inhabituelle, où la prudence n'est plus seulement une posture, mais une nécessité dictée par l'incertitude.
Source : La Tribune : Fed et BCE : le statu quo s'impose face à la guerre et à l'inflation





