Un déficit record et l'essoufflement du modèle allemand
Les échanges entre la Chine et la zone Euro se traduisent par un déficit de l'ordre de 270 mds d'euros pour la zone Euro à la fin 2025. Depuis que ces statistiques sont disponibles, 1999, le solde est positif en faveur de la Chine. Il s'est cependant fortement accentué depuis la pandémie. Les exportations européennes vers la Chine sont moins dynamiques alors que les importations européennes continuent de progresser.
Cela n'est pas neutre sur la dynamique du modèle économique européen. L'Allemagne a, de longue date, conditionné sa conjoncture économique à sa capacité à exporter. Depuis les réformes Hartz en faveur de la flexibilisation du marché du travail du début des années 2000, le choix était d'accroître les échanges avec l'Asie et la Chine en particulier. Cette orientation des échanges a longtemps porté l'Allemagne et la zone Euro.
L'impulsion provenant notamment de Chine via une progression rapide des exportations allemandes se traduisait par une activité industrielle soutenue outre-Rhin qui ensuite se diffusait vers le reste de l'Europe. Depuis la fin de la pandémie, les échanges sino-allemands se sont réduits. Les exportations allemandes vers l'Empire du milieu se réduisent. Elles ne sont plus la source d'impulsion qu'elles étaient. Le cycle européen doit donc trouver une nouvelle source d'impulsion.
En cause, la montée en puissance industrielle de la Chine et le repli protectionniste
Il y a plusieurs éléments explicatifs. Le premier est l'ouverture de l'économie chinoise après son adhésion à l'OMC en décembre 2001. Les couts de production réduits ont favorisé et facilité les délocalisations de production. Puis avec le développement du marché intérieur chinois, les industriels européens ont commencé à produire pour le marché chinois avec comme conséquence de transférer de la technologie. Dans le même temps, les autorités chinoises ont mis des moyens considérables pour développer leur propre capacité à innover et à produire. La Chine s'est industrialisée pendant que l'Europe se désindustrialisait. Ces évolutions se lisent sur l'évolution de la part de la Chine dans la production mondiale de biens manufacturiers. De 9% de la production manufacturière mondiale en 2001, la part de la Chine est passée à 35% en 2022 selon les chiffres de l'OCDE. Dans le même temps, la part de la zone Euro a chuté passant de 21% à 13%.
Le deuxième élément explicatif est la dynamique innovante associée aux produits chinois. Le gouvernement de Pékin a souhaité, de longue date, faire de la Chine le pays porteur des ruptures technologiques. Il a en conséquence mis en place des stratégies de planifications, d'éducation et des moyens financiers considérables pour y arriver. De la sorte, les produits industriels chinois sont très innovants mais aussi très compétitifs sur les prix. Dans le même temps, l'Europe, mesurée à l'aune du rapport Draghi, l'Europe manque de capacité à innover et généralement elle manque aussi de capacité à innover. En conséquence, les produits chinois, des véhicules électriques aux panneaux solaires, sont très attractifs. Le risque est que dans de nombreux secteurs, la concurrence chinoise ne détruise l'industrie européenne.
C'est une des raisons qui explique la mise en place de droits de douane de la part de la Commission Européenne. Il faut que la transition ne soit pas trop brutale pour les industriels européens et que l'on soit capable, dans le même temps, de préserver une industrie européenne qui pourrait être le garant d'une certaine autonomie économique.
La troisième explication, plus récente, vient de la mise en place des droits de douane américains. Le flux d'exportations de la Chine vers les US s'est détourné vers d'autres régions du monde dont l'Europe. Pour l'Empire du milieu c'est un bon substitut en raison du niveau de vie élevé des européens. C'est pour cela aussi que l'on craint, en Europe, une offensive des produits chinois au cours des prochains mois.
Défis structurels et dilemmes géopolitiques
Il y a donc deux dimensions dans le déficit commercial européen vis-à-vis de la Chine. Le premier a une dimension structurelle et reflète l'industrialisation chinoise et la désindustrialisation européenne avec à la clé une forte capacité d'innovation et une grande compétitivité des produits de l'Empire du milieu. Le phénomène s'est accéléré depuis la pandémie en raison de la maturité des produits chinois qui sont désormais beaucoup moins dépendants des transferts de technologies américains ou européens. La Chine exporte mais n'a plus la même nécessité d'importer qu'il y a quelques années.
La deuxième dimension est conjoncturelle et résulte du changement de politique économique aux Etats-Unis. La dégradation de la balance commerciale est préoccupante car elle traduit à la fois un plafonnement des exportations européennes vers la Chine mais aussi une hausse significative des importations chinoises.
La vraie question est celle de la capacité de l'Europe à devenir plus autonome, à être innovante et capable de concurrencer, au moins en partie, les industriels chinois. Une vraie difficulté est géopolitique. A priori, l'allié de l'Europe se situe plus aux USA qu'en Chine mais la Chine est un concurrent plus redoutable que les Etats-Unis sur le plan industriel. Le déséquilibre est d'autant plus complexe que sur les services, l'Europe est beaucoup plus dépendante des USA que de la Chine. L'Europe s'est laissé porter pendant de très nombreuses années. Elle doit maintenant faire des choix complexes qui ne seront pas forcément agréables et efficaces à court terme.
Les analyses et les opinions mentionnées représentent le point de vue de l'auteur. Elles ont été émises en décembre 2025 et sont susceptibles d'évoluer. Elles ne sauraient être interprétées comme possédant une quelconque valeur contractuelle. Les références à des valeurs mobilières, des secteurs ou des marchés spécifiques dans le présent document ne constituent en aucun cas un conseil en investissement, une recommandation ou une sollicitation d'achat ou de vente de valeurs mobilières, ou une offre de services. Tout investissement comporte des risques, y compris le risque de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.





