Nuno Teixeira, Directeur Analyse & Stratégie de l'Offre - VEGA Investment Solutions
Longtemps relégués au rang de placements exotiques et risqués, les marchés émergents reviennent sur le devant de la scène. Derrière cette étiquette se cache une réalité méconnue : des géants technologiques de rang mondial, des valorisations attractives et un contexte monétaire qui leur déroule le tapis rouge. Décryptage d'une classe d'actifs qui mérite mieux que sa réputation.
Bien plus qu'une part de marché
Commençons par cadrer le sujet. Les marchés émergents pèsent environ 12 à 13 % de la capitalisation boursière mondiale (la valeur totale des actions cotées sur la planète). Une portion qui peut sembler modeste. Mais ce chiffre boursier masque un poids économique bien supérieur.
Car derrière cette dénomination se cachent 24 pays, et non des moindres : la Chine, l'Inde, Taïwan, la Corée du Sud, sans oublier les grandes économies d'Amérique latine. Ensemble, ils forment une part décisive de la croissance mondiale. Certains sont parmi les plus dynamiques du globe.
L'erreur classique consiste à les voir comme un bloc homogène et instable. La réalité est plus nuancée. Oui, ces marchés peuvent connaître des accès de volatilité (des variations de prix brutales et rapides) et des prises de bénéfices parfois violentes, comme on l'a vu lors de tensions géopolitiques récentes. Mais à moyen et long terme, beaucoup ont accompli un travail de fond.
Une révolution silencieuse de la gouvernance
C'est l'angle mort des investisseurs occidentaux. Depuis plusieurs années, ces pays réforment en profondeur. Réformes économiques, mais surtout réformes de gouvernance d'entreprise.
La Corée du Sud en offre l'exemple le plus frappant. Le pays s'est récemment attelé à améliorer la gouvernance de ses grandes entreprises et, surtout, le traitement des actionnaires minoritaires. Un détail technique en apparence. Un changement de culture en réalité, qui rend ces marchés bien plus fréquentables pour l'épargnant international.
Le paradoxe technologique
Voici sans doute la statistique la plus contre-intuitive de cet article. Quand on pense « high-tech », on pense Silicon Valley. Pourtant, le secteur technologique représente aujourd'hui 36 % de la capitalisation de l'indice des pays émergents.
Et il ne s'agit pas de seconds couteaux. On parle de champions internationaux. À Taïwan, TSMC fabrique les puces électroniques les plus avancées au monde, un rouage absolument essentiel de l'intelligence artificielle : sans ses semi-conducteurs, pas d'IA. En Corée du Sud, Samsung Electronics et SK Hynix pèsent chacun plus de mille milliards de dollars de capitalisation. En Chine, des modèles d'IA comme DeepSeek commencent à concurrencer sérieusement les références américaines.
Le plus intéressant ? Ces valeurs se paient à des prix raisonnables. Le PER (Price Earnings Ratio, ou multiple de capitalisation : le rapport entre le cours d'une action et le bénéfice par action, qui indique combien d'années de profits l'investisseur accepte de payer) des émergents tourne autour de 12 fois les résultats attendus pour 2026. À comparer à 14 ou 15 fois pour l'Europe, et à 23 fois pour les États-Unis. Un potentiel de croissance élevé, payé moins cher qu'ailleurs : l'équation a de quoi séduire.
Le vent monétaire dans le dos
Reste la question du calendrier. Qu'est-ce qui a déclenché ce regain d'intérêt ? Un contexte qui a tourné en leur faveur.
Premier facteur : un dollar devenu plutôt faible. Quand le billet vert se déprécie, les actifs émergents respirent, car leur dette et leurs importations libellées en dollars deviennent moins lourdes. Deuxième facteur : les grandes banques centrales avaient amorcé la baisse de leurs taux d'intérêt, ce qui a permis aux banques centrales des pays émergents d'en faire autant, allégeant le coût du crédit pour leurs entreprises. Troisième facteur : une croissance mondiale qui retrouvait du tonus.
C'est cette combinaison qui a conduit certains gérants, à l'image de Vega Investment Solutions, à surpondérer ces marchés (leur accorder dans un portefeuille une place plus importante que leur poids dans les indices de référence).
Une vigilance qui reste de mise
Les marchés émergents ne sont donc plus la périphérie que l'on imaginait. Géants technologiques, gouvernance assainie, valorisations modérées et vents monétaires porteurs : les arguments s'accumulent pour leur donner une vraie place dans une allocation d'actifs. À condition de ne jamais oublier que cette classe d'actifs reste sensible aux soubresauts géopolitiques, et que la prochaine secousse peut surgir sans prévenir.
Les analyses et les opinions mentionnées représentent le point de vue de l'auteur. Elles ont été émises en 8 juin 2026 et sont susceptibles d'évoluer. Elles ne sauraient être interprétées comme possédant une quelconque valeur contractuelle. Les références à des valeurs mobilières, des secteurs ou des marchés spécifiques dans le présent document ne constituent en aucun cas un conseil en investissement, une recommandation ou une sollicitation d'achat ou de vente de valeurs mobilières, ou une offre de services. Tout investissement comporte des risques, y compris le risque de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Sources données chiffrées : VEGA IS, Bloomberg.





