Le risque d'une inflation persistante façonne de plus en plus l’ère économique actuelle, obligeant les investisseurs à adapter fondamentalement leurs stratégies. Les épisodes inflationnistes, alimentés par des événements tels que la pandémie, la guerre en Ukraine et plus récemment la crise au Moyen-Orient, ont révélé que les flambées inflationnistes se caractérisent par des dynamiques complexes.
En termes d'allocation, les actifs réels et les matières premières ont longtemps été cités comme des solutions de protection contre l’inflation pour les investisseurs. En 2023, le phénomène de la « greedflation » (ou "profitflation", qui désigne une situation où les entreprises profitent d'un contexte d'inflation générale pour augmenter leurs prix de vente de manière excessive, bien au-delà de ce qui serait nécessaire pour couvrir la hausse de leurs propres coûts de production) a fortement incité les investisseurs à privilégier les actions, les entreprises parvenant à accroitre leurs marges en augmentant leurs prix plus rapidement que leurs coûts. Aujourd’hui, avec la résurgence des perturbations de la chaîne d'approvisionnement dues à la crise au Moyen-Orient, nous sommes confrontés à une potentielle amplification de ces mêmes dynamiques inflationnistes. Au-delà de la « greedflation » des entreprises, l'économie présente de plus en plus un effet « fusée et plumes » : les prix grimpent rapidement avec la hausse des coûts, mais montrent une réticence tenace à baisser, voire ne baissent pas du tout, lorsque les coûts des intrants diminuent.
Dans ce paysage inflationniste de plus en plus imprévisible, les Obligations Indexées sur l’Inflation offrent un mécanisme direct et intégré pour revaloriser le principal des obligations et les paiements de coupons en fonction des taux d'inflation, se présentant ainsi comme une couverture cruciale. La dépendance inhérente des Obligations Indexées sur l’Inflation à l'Indice des Prix à la Consommation (IPC) constitue un avantage stratégique : une inflation persistante de l'IPC se traduit directement par des paiements de coupons plus favorables et plus constants – une dynamique encore amplifiée par la rigidité des prix à la consommation
Cette publication se concentre sur les caractéristiques uniques des Obligations Indexées sur l’Inflation en tant que couverture directe contre l'inflation, examine les principaux émetteurs et analyse leur efficacité face à ces pressions inflationnistes complexes et dynamiques.
Obligations Indexées sur l’Inflation : un double mécanisme pour contrer la hausse des prix
Les Obligations Indexées sur l’Inflation sont structurées pour offrir aux investisseurs une couverture directe contre l'inflation. Elles possèdent deux caractéristiques clés qui s'ajustent avec l'inflation : les paiements de coupons et le montant du principal (ou la valeur de remboursement).
Paiements de Coupons : les coupons versés sont calculés sur la base d'un taux fixe appliqué à un principal indexé sur l'inflation. Par conséquent, les liquidités réelles reçues des paiements de coupons fluctueront avec l'inflation. Les paiements de coupons sont indexés sur les Indices des Prix à la Consommation (IPC), ce qui signifie qu'ils sont directement liés aux mesures d'inflation courantes.
Revalorisation du Principal : une caractéristique déterminante des Obligations Indexées sur l’Inflation est que leur montant principal est ajusté pendant la durée de vie de l'obligation en fonction des mouvements d'un indice d'inflation désigné, le plus souvent l'IPC.
- Environnement Inflationniste : En cas d'inflation positive sur la durée de vie de l'obligation, le remboursement du principal à l'échéance sera supérieur à la valeur nominale d'origine, reflétant un « bonus d'inflation accumulé ». Cela garantit que l'investisseur récupère la valeur réelle, ou le pouvoir d'achat, initialement investi.
- Environnement Déflationniste : Si l'inflation devient négative (déflation) pendant la durée de vie de l'obligation, la plupart des Obligations Indexées sur l’Inflation prévoient un « plancher de déflation » crucial. Cela signifie que la valeur de remboursement à l'échéance sera d'au moins 100 % de la valeur nominale. Dans ce cas, les investisseurs sont protégés contre la perte de principal due à la déflation, offrant ainsi un filet de sécurité. Des exceptions à ce plancher de déflation existent (par exemple, le Royaume-Uni et le Canada ont des structures différentes pour certaines de leurs émissions), mais le principe de protection contre l'érosion du pouvoir d'achat reste central.

Source : Ostrum AM. *IPC : prix à la consommation. Fourni à titre illustratif.
Lecture du rendement d’une Obligation Indexée sur l’Inflation
Le rendement est calculé sans tenir compte de l’indexation à l’inflation. Ce rendement « réel » peut être comparé au rendement nominal d’une obligation à taux fixe de maturité équivalente. On déduit de cet écart le « point-mort» d’inflation. Ce point-mort, aussi appelé breakeven, représente l’inflation attendue par le marché à une échéance donnée. Le breakeven correspond au niveau moyen de l’inflation future rendant l’investisseur indifférent entre un emprunt à taux fixe et une obligation indexée du même émetteur.

Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
Source : Ostrum AM, Bloomberg fin mars 2026
Deux siècles d’histoire, un marché profond dominé par les émetteurs souverains
Le marché des Obligations Indexées sur l’Inflation est dominé par les émetteurs souverains. La genèse de ces instruments remonte à 1780, pendant la guerre d'indépendance américaine, visant à compenser les soldats pour la baisse de leur pouvoir d'achat.
Plus tard, en 1966, le Brésil a ouvert la voie à leur émission pour attirer des financements à long terme visant des projets d'infrastructure et agricoles dans un contexte de forte inflation. D'autres émetteurs d'Amérique latine incluent le Chili, la Colombie, le Mexique et l'Afrique du Sud.
Les marchés développés ont commencé leur adoption significative plus tard. Le Royaume-Uni, sous Margaret Thatcher en 1981, a été le premier pays développé à émettre des Obligations Indexées sur l’Inflation, établissant un précédent suivi par des nations comme l'Australie (1985 initialement, puis relancé en 2009), le Canada (1991), la Suède (1994), la Nouvelle-Zélande (1995), les États-Unis (1997), la France (1998), la Grèce et l'Italie (2003), le Japon (2004), l'Allemagne (2006), la Corée du Sud (2007), Hong Kong (2011), le Danemark (2012), l'Espagne (2014) ...
En termes de taille de marché, le stock d’Obligations Indexées sur l’Inflation au Royaume-Uni représente environ 25 % de la dette totale (620 milliards de livres sterling). Pour le periode de refinancement 2025-2026, le programme d’émissions britannique est prévue à environ 10 % du total, ce qui se compare à environ 10 % en France et 9 % aux États-Unis.
Le Canada (2022) et l'Allemagne (2023), précédemment émetteurs d’Obligations Indexées sur l’Inflation, ont décidé de quitter ce marché. Les ministres des finances allemand et canadien ont indiqué que l'émission de ces obligations implique que l'État assume le risque financier d'une augmentation de l'inflation, ce qui peut devenir une charge croissante. L'Allemagne a actuellement 66 milliards d'euros d'Obligations Indexées sur l’Inflation en circulation à fin mars 2026. Ces obligations continueront à se négocier sur le marché.
Bien que le nombre et la taille des émissions varient selon les marchés, un certain nombre de pays ont désormais développé des courbes de rendement considérables et liquides liées à l'inflation, s'étendant de 2 à 30 ans.
(1) Duration d'une obligation : durée de vie moyenne de ses flux financiers pondérée par leur valeur actualisée.
Source : Ostrum AM, Bloomberg, 24/04/2026
Le paradoxe de la dette publique
On observe que les Obligations Indexées sur l’Inflation peuvent potentiellement entraîner des coûts pour les émetteurs et ainsi alourdir la charge de la dette du pays en période d’inflation. Les décisions du Canada et de l’Allemagne prouvent que le débat a été lancé. Alors pourquoi continuer à les émettre s’il y a un tel risque pour les finances d’un Etat ? D’abord, certains pays, comme le Royaume-Uni, les Etats-Unis ou la France, ont des bases d’investisseurs larges sur ces instruments, comme les compagnies d’assurance ou les fonds de pension qui réclament une protection contre l’inflation. Un autre argument réside dans le signal envoyé aux marchés que la lutte contre l’inflation est une priorité : lorsque l’inflation baisse, le coût constaté de la dette peut être réduit grâce à ces instruments.

(1) Duration d'une obligation : durée de vie moyenne de ses flux financiers pondérée par leur valeur actualisée.
Source : Ostrum AM, 24/04/2026
La France, pionnière des Obligations Vertes Indexées sur l’Inflation
Le 25 mai 2022, la France a lancé sa première Obligation Verte Indexée sur l’Inflation pour un nominal de 4 milliards d’euros. Le titre fait à ce jour 7 milliards d’euros (avril 2026 - les performances passées ne préjugent pas des performances futures). Cela montre la volonté forte de la France d’être pionnière sur les obligations vertes, et de cibler les investisseurs responsables.
Inflation durable : une nouvelle donne pour les portefeuilles
Compte tenu du potentiel d'endurance de l'inflation, les investisseurs sont contraints d'envisager la meilleure façon de s'adapter. Les Obligations Indexées sur l’Inflation offrent un mécanisme direct et transparent pour préserver le pouvoir d'achat, au service d'un large éventail d'investisseurs, des fonds de pension gérant des passifs aux dotations protégeant le capital, en passant par les entités engagées dans l'appariement actif-passif ou recherchant une assurance contre une inflation inattendue. L'avantage stratégique d’Obligations Indexées sur l’Inflation liées à l'IPC, où la rigidité des prix à la consommation assure des paiements de coupons favorables même si les prix des producteurs baissent, renforce encore leur attrait.
Comme pour toute classe d'actifs, les Obligations Indexées sur l’Inflation sont sujettes aux fluctuations du marché à court terme. Cependant, les arguments structurels dominants à long terme pour leur inclusion sont convaincants. Les influences géopolitiques, les perturbations de la chaîne d'approvisionnement, les changements démographiques, le défi persistant de la hausse des prix alimentaires et l'influence indéniable du changement climatique sont des forces structurelles capables d'alimenter l'inflation pour les années à venir. Alors que ces facteurs prennent de plus en plus d'importance sur un horizon temporel plus long, une allocation stratégique aux Obligations Indexées sur l’Inflation offre une protection essentielle contre la hausse soutenue des prix et l'érosion du pouvoir d'achat.
Tout investissement comporte des risques. Voici ce qu'il faut savoir :
- Risque de perte en capital : L'investisseur est assujetti à un risque de perte. Le capital investi n'est pas garanti : vous pouvez récupérer un montant inférieur à celui que vous avez initialement investi.
- Risque lié aux titres de créance (obligations) : Les obligations sont des parts de dette émises par des États (ou des entreprises). Si l'émetteur rencontre des difficultés financières, il peut ne pas être en mesure de rembourser le capital ou de verser les intérêts (coupons) prévus.
- Risque de fluctuation des taux d'intérêt : La valeur d'une obligation évolue à l'inverse des taux d'intérêt. Si les taux d'intérêt généraux augmentent, la valeur de l'obligation de votre portefeuille a tendance à baisser.
- Risque lié à la variation des taux d'inflation : Bien qu’un placement sur les obligations indexées sur l'inflation vise à protéger contre la hausse des prix, une baisse de l'inflation ou une déflation peut entraîner une diminution de la valeur des titres au cours de leur vie et du montant des coupons.
- Risque de crédit : C'est le risque que l'émetteur de l'obligation ne puisse plus faire face à ses engagements financiers (défaut de paiement).
- Risque de contrepartie : Ce risque survient lorsqu'un intermédiaire financier avec lequel le fonds a passé un accord (pour des transactions ou des contrats) fait faillite et ne peut pas honorer ses engagements.
- Risque de durabilité : Il s'agit d'un événement ou d'une situation dans le domaine environnemental, social ou de la gouvernance (ESG) (comme une catastrophe climatique ou un scandale social) qui, s'il survient, pourrait avoir un impact négatif réel sur la valeur de l'investissement.
Les analyses et les opinions mentionnées représentent le point de vue de (des) l'auteur(s) référencé(s). Elles sont émises à la date indiquée, sont susceptibles de changer et ne sauraient être interprétées comme possédant une quelconque valeur contractuelle.
Glossaire
- SFDR Article 8 : (Sustainable Finance Disclosure Regulation - Règlement sur la publication d'informations en matière de finance durable) Désigne les produits financiers qui promeuvent des caractéristiques environnementales ou sociales, ou une combinaison de ces caractéristiques, mais sans objectif d'investissement durable strict. Ces produits incluent des aspects de durabilité dans leur processus d'investissement.
- Matières premières : Une matière première est une denrée alimentaire, un métal ou une autre substance physique que les investisseurs achètent ou vendent, généralement par le biais de contrats futures.
- Inflation : Phénomène économique se traduisant par une augmentation générale et durable des prix des biens et services dans une économie, entraînant une diminution du pouvoir d'achat de la monnaie.
- Obligations indexées sur l'inflation : Obligations dont le principal et/ou les paiements d'intérêts sont ajustés en fonction de l'évolution d'un indice des prix à la consommation (IPC). Le but est de protéger les investisseurs contre la perte de pouvoir d'achat due à l'inflation.
- Obligations vertes (Green Bonds) : Obligations émises spécifiquement pour financer des projets ayant des bénéfices environnementaux (par exemple, énergies renouvelables, efficacité énergétique, prévention de la pollution).
- Indice des prix à la consommation (IPC) : L'Indice des prix à la consommation (IPC) est l'instrument utilisé pour mesurer l'inflation. Il permet d'estimer la variation moyenne, entre deux périodes données, des prix des produits consommés par les ménages. Il repose sur l'observation d'un panier de biens fixe, mis à jour chaque année. Les indices IPC existent pour des pays individuels (France, Allemagne, États-Unis, Royaume-Uni) ou pour des régions (Zone Euro). Une obligation indexée sur l'inflation émise par la France serait indexée sur l'IPC français publié par l'INSEE. Il existe pour chaque pays un établissement qui publie les données IPC.
- Rendement : Pour une obligation, le rendement représente le gain total qu'un investisseur peut attendre de son investissement. Il est généralement exprimé en pourcentage annuel et prend en compte les intérêts perçus (coupons) et la variation potentielle du prix de l'obligation. On distingue notamment le rendement à l'émission, le rendement à l'échéance, le rendement courant, etc.
- Point-mort inflation : Taux d'inflation implicite calculé à partir des prix des obligations classiques et des obligations indexées sur l'inflation. Il représente le taux d'inflation que le marché anticipe sur une période donnée pour que le rendement des deux types d'obligations soit égal.
- Taux fixe : Désigne un taux d'intérêt qui reste constant pendant toute la durée de vie d'un prêt ou d'un titre financier (comme une obligation). Les paiements d'intérêts sont donc prévisibles.
- Principal : La somme d'argent initialement prêtée ou investie sur laquelle les intérêts sont calculés. Pour une obligation, c'est le montant nominal qui sera remboursé à l'échéance (sauf disposition contraire).
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