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Comprendre l’économie et les marchés financiers pour mieux gérer votre épargne.
15.06.26
Quelles opportunités à saisir pour ses placements sur le second semestre ?

Marchés au sommet, valeurs refuges en question

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Jean-Jacques Friedman, Directeur des Gestions Déléguées - VEGA Investment Solutions

Les marchés actions battent record sur record, alors même que la géopolitique et la croissance envoient des signaux négatifs. Comment l'expliquer ? La réponse tient à un moteur discret mais puissant, la création de valeur des entreprises, dopée par la révolution de l'intelligence artificielle. Elle oblige à revisiter l'une des notions les plus rassurantes de la finance : la valeur refuge.

Le paradoxe qui n'en est pas un

Trois mois après le déclenchement d'un conflit majeur au Moyen-Orient, le constat surprend : l'économie résiste et les marchés actions sont au plus haut. On serait tenté d'y voir le vieux réflexe boursier selon lequel « une mauvaise nouvelle est une bonne nouvelle ». Faux :une mauvaise nouvelle reste malgré tout une mauvaise nouvelle.

Concrètement, un choc géopolitique de cette ampleur a un impact de l'ordre de 10 % de transferts en moins sur le marché pétrolier, avec des conséquences directes sur la croissance et sur l'inflation. Autrement dit, sans ce conflit, les marchés seraient encore plus hauts. Trois des quatre grands moteurs de la valorisation jouent d'ailleurs contre les actions : la géopolitique (négative), la croissance économique (négative) et la politique des banques centrales (plus d'inflation signifie des taux d'intérêt plus élevés, ce qui pèse sur les valorisations).

Le moteur caché : l'IA et la microéconomie

Reste le quatrième moteur, le plus décisif aujourd'hui : la microéconomie (l'analyse au niveau des entreprises elles-mêmes, par opposition aux grands agrégats économiques). Et là, une révolution est à l'œuvre. L'émergence de l'intelligence artificielle se traduit très concrètement par la construction de centres de données et des investissements colossaux, de l'ordre de 750 milliards de dollars engagés par les seuls hyperscalers (les géants du cloud comme Amazon, Microsoft ou Google qui exploitent ces immenses infrastructures).

Cette vague irrigue toute une chaîne : semi-conducteurs, mémoire, énergie. Pour les entreprises concernées, cela signifie davantage de bénéfices. Et un effet de second tour se profile, sous la forme de gains de productivité diffusés à l'ensemble de l'économie. Un choc comparable, par son ampleur, à celui de la mondialisation. C'est cette dynamique « bottom-up » (approche ascendante, qui part des résultats des entreprises plutôt que des grandes tendances macroéconomiques) qui a compensé, en partie, les vents contraires.

La valeur refuge, une fausse promesse

Vient alors la question qui fâche : celle de la valeur refuge, ces actifs censés diminuer le risque en cas de tempête. C'est une notion largement trompeuse, car on investit non pas pour ne pas perdre d'argent, mais bien pour en gagner.

Prenons l'obligataire (le marché des obligations : ces titres de dette émis par les États ou les entreprises, qui versent un intérêt régulier). Si la crise boursière est une crise de croissance, les banques centrales baissent leurs taux, ce qui fait monter les obligations : elles compensent alors les actions et jouent leur rôle de refuge. Mais si le risque est inflationniste, comme en 2022, la hausse des taux pénalise simultanément les actions et les obligations. Le refuge n'en est plus un. Même raisonnement pour l'or : il ne rapporte aucun intérêt, donc lorsque les taux montent, il a plutôt tendance à baisser. Tout dépend donc de la nature de la crise.

Le vrai moteur : la création de valeur

Au terme de ce raisonnement, un seul moteur apparaît véritablement permanent : celui des actions. La mécanique est simple. Quand le PIB mondial progresse de 3 %, cette croissance se répartit notamment entre la consommation des ménages (environ 55 %) et la création de valeur des entreprises.

Or ces 3 % de croissance se traduisent par une hausse moyenne du chiffre d'affaires des entreprises de l'ordre de 6 %, tandis que leurs charges n'augmentent que de 3 % environ. Résultat : une progression des bénéfices de 8 à 10 %, que l'on peut retrouver dans les dividendes, puis, à terme, dans la hausse des indices boursiers. C'est ce que l'on pourrait appeler le cœur du réacteur d'un portefeuille : une création de valeur supérieure à l'inflation et au coût de la vie.

La leçon de cet épisode macroéconomique n'est donc pas qu'il faut fuir tel ou tel actif, mais que les valeurs refuges ne jouent pas toujours leur rôle. Le moteur de long terme reste la capacité des entreprises à créer de la valeur, à condition de garder en tête que toute dynamique, même la plus solide, comporte sa part d'incertitude.

Les analyses et les opinions mentionnées représentent le point de vue de l'auteur. Elles ont été émises le 5 juin 2026 et sont susceptibles d'évoluer. Elles ne sauraient être interprétées comme possédant une quelconque valeur contractuelle. Les références à des valeurs mobilières, des secteurs ou des marchés spécifiques dans le présent document ne constituent en aucun cas un conseil en investissement, une recommandation ou une sollicitation d'achat ou de vente de valeurs mobilières, ou une offre de services. Tout investissement comporte des risques, y compris le risque de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Sources données chiffrées : VEGA IS, Bloomberg.