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Comprendre l’économie et les marchés financiers pour mieux gérer votre épargne.
15.06.26
Quelles opportunités à saisir pour ses placements sur le second semestre ?

IA: la vraie valeur se joue en coulisses

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Pierre Barral, Directeur de la gestion Multi-Actif - VEGA Investment Solutions et Nuno Teixeira, Directeur Analyse & Stratégie de l'Offre - VEGA Investment Solutions

Derrière ChatGPT et les images générées en un clic se cache une industrie bien réelle : des puces, des usines, des kilomètres de câbles et des montagnes d'électricité. Pour l'épargnant, l'enjeu n'est pas seulement de miser sur les stars visibles de l'IA, mais de comprendre où se loge réellement la valeur, et où se nichent les risques.

L'IA, une affaire d'infrastructure

Quand on parle d'intelligence artificielle, on pense algorithmes. On devrait penser béton et silicium. Car il n'y a pas d'IA sans centres de données, et pas de centres de données sans électricité.

La chaîne de valeur s'étire sur plusieurs maillons. En amont, les concepteurs de puces, dominés par l'américain Nvidia, dont les processeurs graphiques se sont révélés redoutablement efficaces pour l'IA. Vient ensuite la fabrication, quasi-monopole du taïwanais TSMC, leader mondial des puces les plus avancées. Pour les graver, il faut les machines du néerlandais ASML, des bijoux qui valent des centaines de millions d'euros pièce. Plus loin interviennent les hyperscalers (géants fournissant de la puissance de calcul à très grande échelle via leurs centres de données), comme Microsoft ou Alphabet. Et tout au bout, les modèles eux-mêmes : OpenAI, qui détient encore plus de 50 % du marché des IA génératives, ou Anthropic.

Chaque maillon est un point de passage obligé. Et chacun abrite des gagnants potentiels que le grand public ne connaît pas.

Le paradoxe énergétique de l'IA

L'IA carbure à l'électricité, et c'est peut-être là son talon d'Achille. Une requête isolée ne consomme guère plus qu'une recherche Google. Mais deux phases pèsent lourd. L'entraînement d'abord : former le modèle GPT-3 a réclamé environ 1 300 mégawattheures et émis 550 tonnes de CO2, soit l'équivalent de quelque 300 allers-retours Paris-New York. L'inférence ensuite (la phase d'utilisation, lorsque le modèle déjà entraîné répond aux requêtes) : avec près d'un milliard d'utilisateurs, la masse des requêtes finit par consommer davantage encore que l'entraînement.

Résultat, les centres de données représentent déjà environ 1,5 % de l'électricité mondiale, une part qui pourrait grimper vers 3 % dans certains pays. L'Irlande en offre la caricature : ses data centers y engloutissent près de 22 % de la consommation électrique nationale. À l'échelle de la planète, leur appétit avoisine déjà la consommation électrique de toute la France.

D'où une course à la production d'énergie tous azimuts : nucléaire (la France part avec un atout), gaz en complément, renouvelable malgré son intermittence, et demain peut-être petits réacteurs modulaires (de mini-centrales nucléaires de nouvelle génération), voire des data centers sous-marins ou spatiaux. L'indice des énergies renouvelables, longtemps boudé en Bourse après un excès d'engouement, a d'ailleurs rebondi d'environ 80 % sur un an.

Taïwan, l'optique et la guerre des composants

La chaîne ne tient pas qu'au silicium : à sa racine, on trouve les terres rares (métaux comme le néodyme, indispensables aux aimants et au refroidissement des serveurs), dont la Chine raffine plus de 90 % et qu'elle a commencé à restreindre à l'export fin 2025. Le problème tient à la géographie : d'un côté, le raffinage de ces ressources critiques verrouillé par Pékin ; de l'autre, la fabrication des puces avancées massivement concentrée à Taïwan, chez TSMC, à portée de l'appétit chinois. Une grande partie de la filière de l'IA dépend ainsi de deux goulots d'étranglement situés dans la même zone du monde, un risque géopolitique bien réel que le monde entier surveille de près. Une crise dans le détroit ou un nouveau tour de vis sur les terres rares ébranlerait l'ensemble d'un seul coup.

À l'intérieur même de la révolution, une autre se joue. Le cuivre, qui transporte la puissance de calcul dans les puces, chauffe et bride la vitesse. La fibre optique, et plus largement la photonique (technologie qui fait circuler de la lumière plutôt que de l'électricité pour transporter l'information), prend le relais : des puces plus rapides et moins gourmandes. L'effet boursier est spectaculaire : certaines sociétés américaines de l'optique affichent des hausses de 100 à 400 % depuis le début de l'année. Même les composants les plus discrets (mémoires, systèmes de refroidissement) ont pu voir leurs prix grimper de 30 à 50 % en douze mois, portés par une demande insatiable.

Vigilance : la marée ne soulèvera plus tous les bateaux

Voilà le point clé pour l'épargnant. Les grands indices américains comme le S&P 500 (500 grandes entreprises américaines cotées) ou le Nasdaq (indice des valeurs technologiques américaines) sont déjà très concentrés sur une poignée de valeurs technologiques chèrement valorisées : les fameuses « Magnificent Seven » (les sept plus grandes capitalisations technologiques américaines), qui montaient naguère de concert mais commencent à diverger. L'arrivée en Bourse attendue d'OpenAI ou d'Anthropic, sur des valorisations potentiellement supérieures à 1 000 milliards de dollars, accentuerait encore cette concentration.

Or acheter un ETF (Exchange Traded Fund : fonds coté en Bourse qui réplique automatiquement la composition d'un indice, moins les frais), c'est détenir cet indice concentré tel quel. D'où, soulignent les gérants de Vega Investment Solutions, l'intérêt d'une gestion active, capable de diversifier et de juger les valorisations. Car les montants engagés donnent le vertige : certains acteurs s'endettent pour financer quelque 700 milliards de dollars d'investissements par an, et plus la course s'intensifie, plus il devient difficile de désigner à l'avance les potentiels gagnants. Un outsider comme le chinois DeepSeek peut d'ailleurs surgir et rebattre les cartes du jour au lendemain. La dynamique paraît porteuse pour plusieurs années, la course aux capacités courant jusque vers 2028, mais nul n'échappera aux cycles ni aux excès d'engouement.

L'IA n'est donc pas qu'une affaire d'algorithmes : c'est une vaste chaîne industrielle où la valeur se loge souvent dans les « pelles » autant que dans l'or. Pour l'épargnant, l'enjeu est moins de suivre la mode que de garder en tête prudence, diversification, patience et lucidité sur les valorisations. Car, cette fois, la marée ne soulèvera plus tous les bateaux.

Les analyses et les opinions mentionnées représentent le point de vue de l'auteur. Elles ont été émises le 8 juin 2026 et sont susceptibles d'évoluer. Elles ne sauraient être interprétées comme possédant une quelconque valeur contractuelle. Les références à des valeurs mobilières, des secteurs ou des marchés spécifiques dans le présent document ne constituent en aucun cas un conseil en investissement, une recommandation ou une sollicitation d'achat ou de vente de valeurs mobilières, ou une offre de services. Tout investissement comporte des risques, y compris le risque de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Sources données chiffrées : VEGA IS, Bloomberg.