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15.06.26
Quelles opportunités à saisir pour ses placements sur le second semestre ?

Énergies renouvelables : la grande bascule

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Jean-Christophe Brun, Leader Expert Analyses et Stratégie de l'Offre - VEGA Investment Solutions

La crise énergétique née du blocage du détroit d'Ormuz a rappelé une évidence : notre dépendance au pétrole reste un talon d'Achille. Mais elle a aussi mis en lumière un renversement plus discret.

En Europe comme aux États-Unis, le vent et le soleil grignotent chaque année du terrain aux énergies fossiles. Et l'intelligence artificielle, longtemps présentée comme une menace pour le climat, pourrait bien devenir leur meilleure alliée.

Une dépendance que la crise a mise à nu

Quand le détroit d'Ormuz se bloque, l'Europe retient son souffle. Et pour cause : le pétrole et le gaz pèsent encore respectivement 38 % et 21 % de notre consommation énergétique totale, soit près de six unités d'énergie sur dix que nous importons massivement.

Derrière ces fossiles, pourtant, les énergies renouvelables ont déjà pris la troisième place du mix énergétique (la répartition des différentes sources qui couvrent nos besoins en énergie), à 20 %, juste devant le nucléaire (12 %). Pendant la crise, ce sont elles qui ont amorti le choc.

L'enjeu dépasse la facture d'électricité : il touche à la souveraineté du continent. Bruxelles s'est fixé un cap ambitieux, porter la part des renouvelables à au moins 42,5 % de la consommation totale d'énergie d'ici 2030, avec une cible de 45 %. Un objectif qui peut sembler lointain, sauf quand on regarde le chemin déjà parcouru : près de la moitié de notre électricité est aujourd'hui d'origine renouvelable.

Le vent et le soleil prennent les commandes

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. En 2025, 47,3 % de l'électricité produite dans l'Union européenne provenait de sources renouvelables, contre 47,2 % un an plus tôt. Le vent en est le premier moteur (37,5 % de cette électricité verte), devant le solaire (27,5 %) et l'hydroélectricité (25,9 %). Le solaire est d'ailleurs la source qui progresse le plus vite, avec un bond de près de 25 % sur la seule année 2025.

La dynamique n'est pas qu'européenne, et c'est là que se cache la vraie surprise. En mars 2026, aux États-Unis, le pays du pétrole, le cumul du solaire, de l'éolien, de l'hydraulique et de la bioénergie a dépassé le gaz naturel comme première source d'électricité. Mieux : les renouvelables ont représenté 93 % des nouvelles capacités de production installées outre-Atlantique en 2025.

Cette bascule tient à une réalité économique imparable. Le solaire photovoltaïque (qui transforme directement la lumière du soleil en électricité) et l'éolien terrestre (les éoliennes installées sur la terre ferme, par opposition à l'éolien en mer) sont devenus les moyens les moins chers d'ajouter de la capacité électrique dans presque tous les pays. La tendance est lourde : la part du renouvelable dans l'ensemble de l'énergie consommée en Europe a presque triplé en vingt ans, passant de 10 % en 2004 à 25 % en 2024.

Le paradoxe énergétique de l'IA

On la croyait gourmande et polluante. L'intelligence artificielle pourrait pourtant devenir un formidable accélérateur du renouvelable. La logique est simple : il n'y a pas d'IA sans data centers (ces immenses centres de données où s'entassent les serveurs qui font tourner les modèles), et pas de data centers sans électricité, beaucoup d'électricité.

Or les renouvelables devraient couvrir la moitié de la nouvelle demande électrique mondiale liée à l'IA dans les cinq prochaines années. Ce sont elles, aux côtés du nucléaire, qui alimenteront ces nouvelles cathédrales numériques.

Le cercle peut même devenir vertueux. Un data center consacre jusqu'à 40 % de son électricité à refroidir ses serveurs, une chaleur qui partait jusqu'ici en pure perte. De plus en plus de projets récupèrent cette chaleur fatale (l'énergie thermique qui s'échappe dans l'air sans être utilisée) pour chauffer les bâtiments voisins. À Meudon, dans les Hauts-de-Seine, le dernier centre d'Equinix alimentera ainsi en chauffage et en eau chaude des édifices publics et privés alentours, réduisant d'autant la consommation d'énergies fossiles locales.

Une thématique boursière à manier avec discernement

Pour l'épargnant, ce basculement a une traduction concrète sur les marchés. Les entreprises cotées du renouvelable ont changé de statut : elles sont devenues indispensables, comme le nucléaire, pour nourrir l'appétit électrique de l'IA. Un atout de taille, car elles profitent de la vague sans subir les doutes qui entourent parfois la potentielle rentabilité des investissements des géants américains de la tech.

Le marché l'a bien compris. L'European Renewable Energy Index, un indice (panier de valeurs représentatif d'un secteur, qui sert de baromètre) regroupant les sociétés européennes du secteur comme Vestas, Ørsted ou EDP, a bondi de plus de 50 % sur un an et de 15 % depuis le début de 2026 (au 11 juin 2026, en euros).

Reste que toute belle histoire comporte sa part d'ombre. Une hausse de 50 % en un an traduit aussi une forte volatilité, et le rythme du déploiement dépend des choix politiques : l'Agence internationale de l'énergie a ainsi revu à la baisse ses prévisions américaines après un coup de rabot sur certains crédits d'impôt. La compétitivité des technologies reste un socle solide, mais elle ne met pas le secteur à l'abri des soubresauts.

Portées par la quête de souveraineté et par le boom de l'IA, les énergies renouvelables s'imposent comme une tendance de fond du paysage énergétique et financier, à condition de garder en tête qu’il y aura fatalement des gagnants… et des perdants.

Les analyses et les opinions mentionnées représentent le point de vue de l'auteur. Elles ont été émises le 12 juin 2026 et sont susceptibles d'évoluer. Elles ne sauraient être interprétées comme possédant une quelconque valeur contractuelle. Les références à des valeurs mobilières, des secteurs ou des marchés spécifiques dans le présent document ne constituent en aucun cas un conseil en investissement, une recommandation ou une sollicitation d'achat ou de vente de valeurs mobilières, ou une offre de services. Tout investissement comporte des risques, y compris le risque de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Sources