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Comprendre l’économie et les marchés financiers pour mieux gérer votre épargne.
15.06.26
Quelles opportunités à saisir pour ses placements sur le second semestre ?

Défense européenne : la décennie de la souveraineté

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Olivier David, Gérant de portefeuille - VEGA Investment Solutions

L'Europe a longtemps confié sa sécurité à un grand allié. Cette époque se referme. Sous la double pression de la guerre en Ukraine et d'un Washington qui regarde ailleurs, le continent rouvre en grand le robinet des dépenses militaires. De quoi dessiner l'une des tendances les plus structurantes de la décennie pour les marchés.

La fin du parapluie américain

Pendant trente ans, les Européens ont vécu sous un parapluie commode, celui de la défense américaine. Le réveil est brutal. La guerre en Ukraine a rappelé que le risque militaire n'avait pas quitté le continent, et le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a confirmé un basculement : la priorité stratégique de Washington se situe désormais en Asie-Pacifique, et non plus sur le Vieux Continent.

Le constat des capitales européennes est sans appel. Il faut reconstruire des capacités militaires laissées en jachère depuis la fin de la guerre froide. Et les engagements sont à la hauteur. Le plan « Rearm Europe » (littéralement « réarmer l'Europe ») et les nouveaux objectifs de l'OTAN portent la cible de dépenses de 2,5 % à 3,5 % du PIB (produit intérieur brut, la richesse créée par un pays en un an).

Les montants donnent le vertige. L'Allemagne fera passer son budget de défense d'environ 116 milliards d'euros en 2026 à près de 170 milliards en 2030. La France, plus modeste, visera quelque 70 milliards en 2030, tout en ayant déboursé près de 440 milliards entre 2024 et 2030. La marée budgétaire est lancée.

Le casse-tête budgétaire

Reste une question qui fâche. Comment financer la note quand on est déjà endetté ? La plupart des États européens abordent ce réarmement avec des finances publiques sous tension, et le risque d'un dérapage des comptes est réel.

L'Union européenne a donc sorti sa boîte à outils. Elle accepte d'exclure jusqu'à 1,5 % de ces dépenses de défense de ses règles de calcul budgétaire (les plafonds qui encadrent normalement les déficits des États), un assouplissement susceptible de libérer jusqu'à 650 milliards d'euros. S'y ajoute le mécanisme SAFE (un instrument européen de prêts dédié à la défense, doté de 150 milliards d'euros), pensé pour financer l'effort à moindre coût.

Tout n'est pas réglé pour autant. Sans surprise, les hausses sont plus franches dans les pays les moins plombés par leur dette rapportée au PIB. Mais, en dépit des réticences de certaines forces politiques et des contraintes propres à chacun, l'engagement demeure ferme : la France prévoit de rehausser sa Loi de programmation militaire (LPM, le texte pluriannuel qui fixe la trajectoire budgétaire des armées) de 34 milliards d'euros.

Une opportunité gravée pour dix ans

C'est précisément cette sanctuarisation des budgets (la garantie qu'ils seront protégés des coupes à venir) qui change la donne. Lorsqu'un État commande pour plusieurs années, l'industriel sait exactement ce qu'il aura à produire. Les carnets de commandes (le stock de contrats déjà signés et à honorer) des groupes de défense européens ont ainsi explosé, traçant un potentiel de croissance visible jusqu'à la fin de la décennie.

Le problème du secteur a changé de nature. Hier, il fallait trouver des clients. Aujourd'hui, le défi n'est plus la demande mais la capacité à exécuter, autrement dit à produire assez vite.

Le parallèle avec l'aéronautique civile devient frappant : même dynamique de croissance, mêmes leviers d'amélioration des marges (les bénéfices dégagés sur chaque vente) à mesure que les cadences de production montent. Pour qui regarde par-delà les soubresauts de l'actualité, c'est cette visibilité de long terme qui fait du thème un axe structurant. De là l'intérêt, pour certains gérants, de stratégies entièrement bâties autour de l'autonomie européenne.

L'exécution, nouveau juge de paix

Une percée diplomatique en Ukraine ferait-elle retomber le soufflé ? Probablement pas. L'enjeu dépasse le seul conflit : il touche à la crédibilité même de la défense européenne, donc à sa souveraineté. Une question de cette ampleur ne se règle pas le temps d'une trêve, et devrait structurer les dépenses pendant plus de dix ans.

La vigilance se déplace ailleurs. Le vrai risque n'est plus politique mais industriel. Les entreprises sauront-elles tenir les cadences promises, recruter les compétences, transformer ces carnets de commandes en livraisons réelles ? La sélectivité restera de mise.

L'Europe a enclenché un cycle de réarmement sur le long terme, porté moins par la peur de l'instant que par une volonté de fond : ne plus dépendre des autres pour sa sécurité. Pour l'épargnant, la tendance est nette et datée, mais elle se jugera, au bout du compte, à la capacité des industriels à livrer.

Les analyses et les opinions mentionnées représentent le point de vue de l'auteur. Elles ont été émises le 12 juin 2026 et sont susceptibles d'évoluer. Elles ne sauraient être interprétées comme possédant une quelconque valeur contractuelle. Les références à des valeurs mobilières, des secteurs ou des marchés spécifiques dans le présent document ne constituent en aucun cas un conseil en investissement, une recommandation ou une sollicitation d'achat ou de vente de valeurs mobilières, ou une offre de services. Tout investissement comporte des risques, y compris le risque de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Sources

  • Commission européenne, plan « ReArm Europe » / « Préparation à l'horizon 2030 » et instrument SAFE : activation de la clause dérogatoire du pacte de stabilité (marge budgétaire de près de 650 milliards d'euros sur quatre ans) et prêts de 150 milliards d'euros aux États membres. commission.europa.eu
  • OTAN, Déclaration du Sommet de La Haye (24 et 25 juin 2025) : engagement à porter, d'ici 2035, les dépenses à 3,5 % du PIB pour la défense proprement dite, et à 5 % en intégrant la sécurité au sens large. nato.int
  • Direction générale du Trésor, analyse de la hausse des dépenses de défense allemandes : budget de la Bundeswehr porté à 108 milliards d'euros en 2026, avec une trajectoire menant à près de 168 milliards d'euros (défense et sécurité) à l'horizon 2029. tresor.economie.gouv.fr
  • Assemblée nationale (LCP), actualisation de la Loi de programmation militaire 2024-2030 : enveloppe initiale de 413 milliards d'euros, effort additionnel d'environ 36 milliards d'euros annoncé en juillet 2025, budget porté vers 2,5 % du PIB (environ 76 milliards d'euros) en 2030. lcp.fr