Biais n°02 – Le biais de confirmation
Peter Wason
Une expérience, un inconfort, une vérité
En 1960, le psychologue britannique Peter Wason soumet ses sujets à un test simple. On leur présente une série de trois nombres et on leur demande de trouver la règle qui la gouverne. Pour vérifier leur hypothèse, ils peuvent proposer d’autres séries, auxquelles l’expérimentateur répond simplement : « ça suit la règle » ou « ça ne la suit pas ».
Le résultat est frappant. La quasi-totalité des participants ne propose que des séries qui confirment leur hypothèse de départ. Presque personne ne teste des séries qui pourraient l’invalider, alors que c’est précisément ce qui permettrait de trouver la bonne réponse.
Ce réflexe, Wason l’appelle le biais de confirmation : notre tendance naturelle à rechercher les informations qui confortent ce qu’on croit déjà, plutôt que celles qui pourraient nous faire changer d’avis.
Le cerveau qui se donne raison
Le biais de confirmation n’est pas une question de paresse intellectuelle. Il est ancré dans la façon dont le cerveau traite l’information. Valider une croyance existante demande moins d’effort cognitif que de la remettre en question. C’est une économie d’énergie mentale, efficace dans la vie quotidienne, et particulièrement coûteuse en matière de décisions financières.
Dans un contexte d’investissement, cela se traduit de manière très concrète. On lit en priorité les articles qui confirment qu’une valeur qu’on détient est prometteuse. On retient les avis d’analystes qui partagent notre point de vue. On écarte les signaux négatifs en les qualifiant de court-termistes ou de trop pessimistes. Et on interprète une information ambiguë dans le sens qui nous arrange.
Le problème, c’est que les marchés financiers ne s’ajustent pas à nos convictions.
« Je savais que cette action allait monter »
Cas d’usage : un épargnant s’intéresse à une entreprise dont il utilise les produits au quotidien. Il l’apprécie, il lui fait confiance, il décide d’en acheter les actions. À partir de là, son rapport à l’information évolue.
Les bonnes nouvelles sur l’entreprise lui semblent logiques, attendues. Les mauvaises sont contextualisées : un trimestre difficile, une conjoncture défavorable passagère. Les analyses critiques paraissent trop pessimistes ou trop court-termistes.
C’est le fonctionnement naturel du biais de confirmation, pas de la mauvaise foi. Une fois qu’on a pris position, on cherche moins à évaluer qu’à valider.
Le livret, les forums, et la chambre d’écho
Le biais de confirmation s’intensifie considérablement avec internet et les réseaux sociaux. Les algorithmes des plateformes sont conçus pour montrer ce qu’on aime, ce qui nous engage, ce qui conforte nos vues. Un investisseur convaincu de la valeur d’un actif tombera naturellement sur des forums, des vidéos et des newsletters qui partagent son enthousiasme.
Ce phénomène de chambre d’écho est particulièrement visible sur les communautés d’investisseurs en ligne, où certaines valeurs ou classes d’actifs font l’objet d’un engouement collectif. Chaque participant renforce les convictions des autres. Les voix discordantes peuvent se retrouver marginalisées. Et la conviction collective finit par tenir lieu d’analyse.
L’épargnant qui ne consulte qu’une seule source, toujours la même, parce qu’elle lui parle et qu’il l’approuve, nourrit son biais sans s’en rendre compte.
Se connaître ne suffit pas, mais ça aide
Comme pour l’aversion à la perte, nommer le biais ne le supprime pas. Mais il existe des façons de le contenir. La plus efficace est aussi la plus inconfortable : chercher activement les arguments contre sa propre position avant de prendre une décision.
Ce qu’on appelle le raisonnement contradictoire, ou « steel-manning » dans la littérature comportementale, consiste à construire le meilleur argument possible contre sa propre thèse. Pas pour se convaincre d’avoir tort, mais pour s’assurer qu’on a réellement considéré les deux faces de l’analyse.
Une autre approche consiste à diversifier ses sources d’information de manière délibérée, en incluant des points de vue qu’on n’aurait pas naturellement recherchés.
Des réflexes qui ne garantissent rien, mais qui élargissent le champ de vision avant d’agir.
Les analyses et les opinions mentionnées représentent le point de vue de l'auteur. Elles ont été émises le 6 août 2026 et sont susceptibles d'évoluer. Elles ne sauraient être interprétées comme possédant une quelconque valeur contractuelle. Les références à des valeurs mobilières, des secteurs ou des marchés spécifiques dans le présent document ne constituent en aucun cas un conseil en investissement, une recommandation ou une sollicitation d'achat ou de vente de valeurs mobilières, ou une offre de services. Tout investissement comporte des risques, y compris le risque de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
Sources
Wason, P. C. (1960). On the failure to eliminate hypotheses in a conceptual task. Quarterly Journal of Experimental Psychology, 12(3), 129–140.
Nickerson, R. S. (1998). Confirmation Bias: A Ubiquitous Phenomenon in Many Guises. Review of General Psychology, 2(2), 175–220.
Kahneman, D. (2011). Thinking, Fast and Slow. Farrar, Straus and Giroux.





