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Comprendre l’économie et les marchés financiers pour mieux gérer votre épargne.
26.10.26

Assurance vie ou PER : deux enveloppes, deux philosophies

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Avec 2 162 milliards d'euros d'encours à fin juin 2026, l'assurance vie reste le placement préféré des Français. Le Plan d'épargne retraite (PER), créé par la loi Pacte de 2019, gagne pourtant du terrain : sa seule version assurantielle rassemble déjà 8,5 millions d'assurés et près de 125 milliards d'euros. Les deux enveloppes se ressemblent en surface, mais elles ne répondent pas aux mêmes besoins. Disponibilité, fiscalité, transmission : décryptage de deux outils plus complémentaires que rivaux.

Le couteau suisse et le coffre-fort

L'assurance vie est une enveloppe (un cadre juridique et fiscal qui accueille différents placements) d'une grande polyvalence. On peut y loger un fonds en euros (support dont le capital est garanti par l'assureur, en échange d'un rendement modeste) et des unités de compte (supports investis sur les marchés, en actions, obligations ou immobilier, sans garantie en capital). Surtout, l'argent reste disponible à tout moment, par un rachat (retrait partiel ou total). Achat d'une voiture, études des enfants, complément de revenus : c'est le couteau suisse de l'épargne.

Le PER fonctionne plutôt comme un coffre-fort à minuterie. Il propose les mêmes familles de supports, mais l'épargne y reste en principe bloquée jusqu'au départ à la retraite. La loi prévoit toutefois des sorties anticipées : l'achat de la résidence principale et les « accidents de la vie » (invalidité, décès du conjoint, surendettement, fin des droits au chômage, liquidation judiciaire).

Le PER existe en version individuelle, souscrite auprès d'une banque ou d'un assureur, et en version collective, proposée par l'employeur. Dans ce second cas, il peut accueillir l'intéressement, la participation et l'abondement (le coup de pouce versé par l'entreprise). Selon le guide retraite de Natixis Interépargne, cet abondement peut atteindre trois fois les versements du salarié, dans la limite de 7 689,60 euros en 2026.

Payer l'impôt maintenant ou plus tard

C'est la grande ligne de partage. Le PER offre un avantage immédiat : les versements volontaires sont déductibles du revenu imposable, dans la limite de 10 % des revenus professionnels. En 2026, ce plafond va d'un minimum de 4 710 euros à un maximum de 37 680 euros. Pour un épargnant dont la tranche marginale d'imposition (le taux appliqué à la dernière part de ses revenus) est de 30 %, verser 5 000 euros allège la facture fiscale de 1 500 euros.

Mais l'impôt n'est pas effacé, il est différé. À la sortie en capital, les sommes déduites sont réintégrées au barème de l'impôt sur le revenu, et les gains sont soumis au PFU (prélèvement forfaitaire unique, ou « flat tax »). Le calcul est donc gagnant si l'on est moins imposé à la retraite que pendant sa vie active. L'épargnant peut aussi renoncer à la déduction, versement par versement : la sortie est alors allégée. Quant à l'épargne salariale logée dans un PER collectif, elle sort en capital sans impôt sur le revenu, seules les plus-values supportant les prélèvements sociaux.

L'assurance vie joue la partition inverse : aucun avantage à l'entrée, mais une sortie douce. Seuls les gains sont taxés. Avant 8 ans, ils supportent 30 % de prélèvements. Après 8 ans, un abattement annuel de 4 600 euros (9 200 euros pour un couple) s'applique sur les gains, puis un taux global de 24,7 % jusqu'à 150 000 euros de versements. Autre atout, discret mais réel : l'assurance vie a échappé à la hausse de la CSG de 2026. Ses prélèvements sociaux restent à 17,2 %, quand ceux de la plupart des placements sont passés à 18,6 %.

Transmission : le cap des 70 ans

L'assurance vie reste l'outil de transmission par excellence. Les capitaux versés aux bénéficiaires échappent à la succession classique. Pour les sommes versées avant 70 ans, chaque bénéficiaire profite d'un abattement de 152 500 euros. Après 70 ans, l'abattement tombe à 30 500 euros, tous bénéficiaires confondus, mais les gains accumulés sont exonérés.

Le PER assurantiel bénéficie d'un régime proche, l'âge du décès (avant ou après 70 ans) déterminant l'abattement applicable. Attention : cet abattement est partagé avec les contrats d'assurance vie du défunt pour un même bénéficiaire. Le PER bancaire, lui, retombe dans la succession classique.

La loi de finances pour 2026 a renforcé ce cap symbolique des 70 ans. Depuis le 1er janvier, les versements effectués sur un PER à partir de cet âge ne sont plus déductibles. En contrepartie, la durée de report des plafonds non utilisés passe de trois à cinq ans. Le message du législateur est clair : le PER doit servir à préparer la retraite, pas à optimiser une succession.

Duo plutôt que duel

Le contexte explique l'intérêt croissant pour l'épargne retraite. Selon Natixis Interépargne, 65 % des retraités jugent leur pension insuffisante. Et le système par répartition s'essouffle : on comptait 1,8 cotisant pour un retraité en 2010, on en prévoit 1,2 en 2050.

Dans ce paysage, les deux enveloppes se répondent plus qu'elles ne s'opposent. L'assurance vie convient aux projets à moyen terme, à une épargne qui doit rester mobilisable et à la préparation d'une transmission. Le PER prend tout son sens pour un horizon long, un niveau d'imposition élevé pendant la vie active, ou lorsque l'employeur abonde les versements.

Le bémol tient en trois points. Le blocage du PER est la contrepartie de son avantage fiscal, et cet avantage dépend de l'écart entre l'imposition d'aujourd'hui et celle de demain, par nature incertain. Les unités de compte, dans les deux enveloppes, exposent à un risque de perte en capital. Enfin, la fiscalité de l'épargne bouge vite : l'assurance vie a été épargnée par la hausse de la CSG en 2026, rien ne garantit qu'il en ira de même à l'avenir.

L'assurance vie offre la liberté, le PER la discipline : bien comprendre ce qui les distingue, c'est se donner les moyens de faire travailler chaque euro au bon endroit, en gardant à l'esprit que les règles du jeu peuvent encore évoluer.

Les analyses et les opinions mentionnées représentent le point de vue de l'auteur. Elles ont été émises en octobre 2026 et sont susceptibles d'évoluer. Elles ne sauraient être interprétées comme possédant une quelconque valeur contractuelle. Les références à des valeurs mobilières, des secteurs ou des marchés spécifiques dans le présent document ne constituent en aucun cas un conseil en investissement, une recommandation ou une sollicitation d'achat ou de vente de valeurs mobilières, ou une offre de services. Tout investissement comporte des risques, y compris le risque de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.