Marc Riez, Directeur général - VEGA Investment Solutions
L'année 2026 s'ouvre dans un fracas géopolitique qui ne laisse personne indifférent. Entre l'intervention américaine au Venezuela et les défis budgétaires européens, le paysage mondial semble plus instable que jamais. Pourtant, pour l'investisseur averti, ce chaos apparent recèle des tendances structurelles puissantes. Analyse d'un changement de régime économique où la volatilité devient une source d'opportunités.
Le monde économique tel que nous l'avons connu ces trente dernières années est en train de s'effacer. L'ère de la "mondialisation heureuse" a laissé place à une fragmentation brutale, accélérée par les chocs successifs du COVID, de l'Ukraine et des tensions commerciales. Nous entrons dans une phase où la souveraineté et l'indépendance stratégique priment désormais sur l'efficacité économique pure.
Cette nouvelle donne impose une lecture différente des marchés. Si l'instabilité géopolitique s'accroît — avec des États-Unis plus interventionnistes et une Europe en quête de puissance — les marchés financiers font preuve d'une résilience étonnante. Ils semblent "mithridatisés", habitués à la violence des nouvelles, et continuent de progresser tant que les flux vitaux de l'économie (pétrole, commerce) ne sont pas rompus.
Le retour de la puissance : Défense et Énergie
Dans ce contexte de "loi du plus fort", deux secteurs s'imposent comme des piliers incontournables pour les années à venir.
Le premier est celui de la Défense. La prise de conscience européenne, symbolisée par le plan "Rearm Europe" et ses 883 milliards d'euros, n'est pas un feu de paille. Il s'agit d'un cycle long de réinvestissement face à un monde où les menaces physiques sont redevenues une réalité tangible aux frontières de l'Europe.
Le second pilier est l'Énergie, qui vit une double réalité paradoxale. D'un côté, les réserves d'hydrocarbures restent un actif stratégique majeur pour la puissance des nations, comme en témoignent les convoitises autour du Venezuela. De l'autre, la transition énergétique s'accélère, non plus seulement pour des raisons climatiques, mais pour des impératifs technologiques. L'essor des "hyperscalers" — ces centres de données géants nécessaires à l'IA — va exiger de multiplier la production d'électricité par huit en trente ans. L'énergie, qu'elle soit fossile ou renouvelable, est le carburant indispensable de la souveraineté numérique.
L'IA et la Démographie : Les vrais moteurs de la croissance
Au-delà des bruits de bottes, deux révolutions silencieuses redessinent l'économie de 2026.
La première est technologique : l'Intelligence Artificielle. Loin d'être une bulle spéculative, l'IA représente une rupture de productivité comparable à la mécanisation agricole du XIXe siècle. Si elle menace certains emplois de "cols blancs", elle promet surtout une création de richesse inédite. Pour le gérant d'actifs, ignorer ce secteur équivaut aujourd'hui à une faute professionnelle, tant il va irriguer la rentabilité des entreprises mondiales.
La seconde révolution est démographique. Le vieillissement de la population, souvent perçu comme un fardeau, se révèle être un soutien économique. Contrairement aux générations précédentes, les seniors actuels consomment, voyagent et participent activement à l'économie. Cette "Silver Economy" soutient les valorisations boursières et crée de nouveaux marchés, notamment dans la santé et les services.
Inflation et Banques Centrales : Le calme après la tempête ?
Sur le front monétaire, l'horizon s'éclaircit. Si des tensions sur les prix persistent — visibles notamment sur l'or ou l'argent — le risque d'une spirale inflationniste durable semble écarté, faute de hausse massive des salaires.
Les banques centrales ont retrouvé leur crédibilité. La Réserve Fédérale américaine, sous la houlette de Jérôme Powell, a su résister aux pressions politiques de la Maison Blanche, pilotant un atterrissage en douceur avec une économie américaine toujours véloce (+4% de croissance au T3 2025). De son côté, la BCE a pris les devants en baissant ses taux pour soutenir une économie européenne plus fragile. Ce pilotage fin rassure : les gardiens de la monnaie tiennent la barre.
Quelle stratégie pour l'investisseur ?
Dans ce paysage mouvant, la pire stratégie serait l'immobilisme. L'histoire financière nous enseigne que "la peur n'évite pas le danger". Depuis sa création, le CAC 40 a été multiplié par huit malgré les crises. Pour 2026, le scénario central reste celui d'une quatrième année de hausse consécutive, avec un objectif potentiel autour des 8 600 points pour l'indice parisien.
L'allocation d'actifs doit donc privilégier les actions au détriment des obligations. Si le rendement obligataire est redevenu correct (3,5% - 4,5%), le potentiel de gain en capital y est limité par les besoins de financement massifs des États. À l'inverse, les entreprises, agiles et riches en liquidités, sont les grandes gagnantes de la transition en cours.
En synthèse, trois principes doivent guider l'épargnant en 2026 :
- Rester investi : Le temps est le meilleur allié de l'investisseur. Il faut être présent sur les marchés le plus tôt possible.
- Viser l'Amérique : Malgré des valorisations élevées, les géants technologiques américains disposent de monopoles mondiaux sans équivalent ailleurs. La cherté se justifie par la qualité.
- Garder son sang-froid : La volatilité est inévitable. Plutôt que de paniquer, il faut la saisir comme une opportunité pour renforcer ses positions lors des creux de marché.
L'année 2026 sera sans doute chahutée, mais pour qui sait regarder au-delà de l'instabilité immédiate, elle s'annonce riche en promesses.






