Nuno Teixeira, Directeur Analyses et Stratégie de l'Offre, VEGA Investment Solutions
Intelligence Artificielle : le spectre de la bulle à l'épreuve des fondamentaux
L'année 2026 s'ouvre sur une interrogation majeure : la bulle liée à l'intelligence artificielle est-elle sur le point d'éclater ? Cette question est cruciale car la dynamique de l'économie américaine repose désormais lourdement sur les investissements dans ce secteur.
Le poids de l'IA est devenu systémique : elle représente plus de 40 % de l'indice S&P 500 (indice qui représente les 500 plus grandes entreprises cotées aux États-Unis) qui lui-même pèse près de 70 % de la capitalisation boursière mondiale.
Le constat est sans appel : sans les États-Unis et sans le moteur de l'IA, il est difficile d'imaginer une bonne tenue des marchés actions pour ce millésime 2026.
Si le Nasdaq affiche une performance soutenue de l'ordre de 17 à 18 % — comparable d'ailleurs à celle de la zone euro —, les inquiétudes sur les niveaux de valorisation sont légitimes. Les "Sept Magnifiques" s'échangent au-dessus de 30 fois les résultats, tandis que les plans d'investissement atteignent des montants colossaux, avoisinant les 450 milliards de dollars pour les seuls centres de données.
2000 vs 2026 : pourquoi ce n'est pas la même histoire
Ces montants vertigineux, parfois financés par des émissions obligataires ou via des mécanismes de ventes croisées entre fournisseurs et clients, interrogent sur la capacité réelle des entreprises à générer des cash-flows (flux de trésorerie) futurs.
Pourtant, un élément clé nous rassure : le scepticisme d'une partie des investisseurs. Nous sommes loin de l'euphorie aveugle de la fin 1999, où régnait une forme de capitulation face au succès de l'Internet, avec des valorisations atteignant 50 fois les résultats.
Aujourd'hui, les géants comme Meta ou Alphabet disposent d'un cœur de métier rentable. Leur capacité à dégager des liquidités leur permet de financer ces développements massifs tout en versant des dividendes ou en rachetant leurs actions. Il ne s'agit pas d'une chimère, mais d'une véritable révolution industrielle dont les gains de productivité se diffuseront à la santé et à la finance.
L'ère de la grande discrimination
Le marché est d'ailleurs entré dans une phase de maturité : depuis le mois d'octobre, les investisseurs opèrent une distinction nette entre les acteurs.
Il n'y a plus de phénomène boule de neige indiscriminé : certaines valeurs progressent, d'autres baissent. L'année 2026 sera marquée par cette sélectivité accrue, rythmée par des événements potentiels comme l'introduction en bourse d'OpenAI ou les difficultés d'acteurs historiques comme Oracle, récemment sanctionné par des dégradations de notation de la part de certaines banques.
Si le secteur tend à profiter encore de perspectives favorables pendant de nombreuses années, la marée ne soulèvera plus tous les bateaux. Il y aura des gagnants, des perdants et de nouveaux entrants.
Dans ce nouvel environnement, la clé de la performance ne résidera plus dans l'achat indiciel aveugle, mais dans la capacité à choisir les bons véhicules d'investissement.
Les analyses et les opinions mentionnées représentent le point de vue de l'auteur. Elles ont été émises en décembre 2025 et sont susceptibles d'évoluer. Elles ne sauraient être interprétées comme possédant une quelconque valeur contractuelle. Les références à des valeurs mobilières, des secteurs ou des marchés spécifiques dans le présent document ne constituent en aucun cas un conseil en investissement, une recommandation ou une sollicitation d'achat ou de vente de valeurs mobilières, ou une offre de services. Tout investissement comporte des risques, y compris le risque de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.





