Expertise 14.08.20

La crise du coronavirus a-t-elle encouragé les Français à épargner ?

Parmi les crises économiques qui font date dans l’Histoire, celle du coronavirus trouvera aisément sa place. Cette crise d’origine sanitaire a poussé les gouvernements du monde entier à confiner leurs citoyens pour tenter d’enrayer la propagation du virus. Les impacts économiques ont été immédiats : des entreprises ont été contraintes de mettre leurs employés au chômage partiel. Pour les ménages, les conséquences ont également été importantes.

Les impacts majeurs de la crise 

Sur le plan social et sanitaire21 % des Français ont été atteints par la Covid-19 ou ont vu un de leurs proches atteint. Il est difficile d’évaluer l’impact économique d’une telle statistique, mais il est raisonnable de penser que la détérioration de la santé des personnes touchées directement a eu des conséquences sur leur vie professionnelle, et donc potentiellement sur leurs revenus, leur choix d’épargner ou non, leurs projets, etc. La crise a également agi comme un révélateur de la dépendance de certaines personnes. 24 % des Français ont été amenés plus que d’ordinaire, à aider les personnes de leur entourage. 

Bien entendu, la crise économico-sanitaire a eu des conséquences sur la vie professionnelle de centaines de millions d’individus à travers le monde. En France, 47 % des salariés et indépendants ont déclaré avoir connu une baisse ou un arrêt de leur activité. 31% des salariés ont poursuivi leur activité en télétravail, permettant ainsi de maintenir un certain niveau d’activité dans différents secteurs.  

Conséquence directe de la réduction d’activité, le budget des ménages a été affecté38 % des Français ont déclaré des revenus du foyer en baisse pendant le confinement et 51% ont vu leurs dépenses baisser. En revanche, 19 % déclarent une hausse de leurs dépenses. Cette situation a conduit 72 % des ménages à reporter, voire même annuler au moins un projet (vacances, équipement de la maison, travaux, etc.).  

Malgré ce contexte compliqué, l’anticipation à six mois des Français en avril 2020 de leur pouvoir d’achat, de leur qualité de vie et de leur capacité à mettre de l’argent de côté reste légèrement moins négative qu’en février 2019 durant le mouvement des Gilets Jaunes. 

Quelles conséquences sur l’épargne des ménages ? 

Certains ménages français se sont tournés vers l’épargne. L’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) estimait le 28 juin dernier que 75 milliards d’euros d’épargne ont été accumulés par les ménages, depuis le début de la crise sanitaire1.  

4 profils types ont été établis pour rendre compte de la situation des épargnants français :  

  • Les résilients : ce sont des actifs, cadres, essentiellement des 18-34 ans qui n’ont pas ou peu d’enfants à charge. Ils épargnent régulièrement, dans une logique patrimoniale. Ils ont été les moins touchés par la crise. Ils sont restés en activité lors du confinement, leurs dépenses ont diminué et ils ont pu mettre davantage d’argent de côté.  
  • Les ménages fortement exposés sont plutôt des familles avec plusieurs enfants à charge, avec un patrimoine et des revenus dits “intermédiaires”. Ils ont entre 25 et 49 ans, leurs dépenses ont augmenté lors du confinement, et ils ont eu plus de mal à mettre de l’argent de côté. Ils font partie des ménages qui ont dû reporter, voire annuler un ou plusieurs projets à cause de la crise économico-sanitaire. Ils possèdent un profil d’épargnant occasionnel, et souhaitent faire croître leur épargne de précaution. 
  • Les personnes peu impactées ayant moins d’enfants à charge, des prêts remboursés, des retraités qui ont connu peu de variation dans leurs revenus et qui n’ont pas eu à annuler de projet à cause de la crise. Finalement, leur niveau d’épargne n’a presque pas évolué. 
  • Enfin, il y a les ménages considérés comme déjà fragiles avant la crise : ce sont essentiellement des travailleurs pauvres ou précaires, voire des personnes sans activité professionnelle. Leurs revenus faibles leur limitent fortement l’accès à l’épargne. 

Malgré de fortes disparités dans les profils des épargnants, 60 % des Français pensent mettre de l’argent de côté dans les 6 prochains mois (- 5 points depuis décembre 2019). Les montants épargnés vont-ils diminuer ? D’après l’enquête, non, au contraire : les ménages qui ont la possibilité d’épargner seront moins nombreux mais vont mettre des sommes plus importantes de côté, créant ainsi une concentration des flux d’épargne.  

L’aspiration à épargner l’emporte par précaution et par anticipation. Les ménages aspirent à épargner, parfois en dépit du recul de leur pouvoir d’achat. Face aux incertitudes économiques, l’épargne de précaution est ressentie comme un besoin pour se prémunir des aléas socioéconomiques futurs.  

*** 

Le groupe BPCE a mené une vaste enquête en partenariat avec l’Institut d’études marketing Audirep auprès de 2 050 Français de plus de 18 ans. A partir des résultats de cette étude, le groupe BPCE a créé le “Baromètre Epargne & Placements”, un “outil d’analyse de la conjoncture de l’épargne et des placements”. Depuis février 2019, ce sondage est administré 3 fois par an aux épargnants. Les résultats présentés ici sont issus de l’enquête de la fin avril 2020. 

1 https://www.lesechos.fr/economie-france/conjoncture/coronavirus-la-consommation-de-lepargne-accumulee-sera-la-clef-de-la-reprise-1219294 

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