Expertise 01.07.21

Remontée des taux : causes et conséquences

Pierre Diot, Gérant - Analyste Taux chez Vega IM.

Quels sont les facteurs qui expliquent une remontée des taux ?

Il existe deux sortes de facteurs qui peuvent expliquer une remontée des taux : des facteurs internes et des facteurs externes. 

Parmi les facteurs internes, il y a la hausse brutale de la demande de capitaux, liée à l’anticipation d’un rebond économique fort. L’anticipation de la remontée de l’inflation est un autre facteur déterminant dans l’explication de la remontée des taux. En effet, si le taux d’inflation est supérieur au taux des obligations d’État, alors l’investisseur perd de l’argent. Or à l’heure actuelle, c’est bien une hausse de l’inflation qui est anticipée, notamment en raison des nombreux plans de relance adoptés en Europe et aux États-Unis. De plus, les banques centrales continuent de faire tourner “la planche à billets” en injectant des liquidités dans le système économique afin de favoriser le crédit, ce qui stimule l’inflation. 

Le facteur externe majeur est la remontée des taux dans une zone géographique différente, essentiellement les États-Unis. 

Quelles conséquences suite à une remontée des taux ?

Face à la crise, les banques centrales comme la Fed et la BCE ont souhaité inciter les banques à prêter de l’argent pour stimuler le tissu économique et éviter un décrochage de la croissance. Pour ce faire, les banques centrales obligent les banques à payer des intérêts sur leurs excédents de liquidités en maintenant leurs taux directeurs très bas, voire en les faisant passer en dessous de zéro. Placer ses liquidités auprès de la banque centrale coûte donc de l’argent aux banques commerciales. Selon cette logique, les banques préfèrent prêter leur argent à moyen/long terme pour percevoir des taux d’intérêts positifs. Ces taux bas sont également très intéressants pour les entreprises, qui peuvent financer leurs investissements à faible coût. Indirectement, cela peut permettre aux entreprises de dégager des bénéfices et de verser des dividendes à leurs actionnaires, ce qui a un effet très positif sur les marchés actions. Dès lors, on comprend qu’une potentielle remontée des taux inquiète : les entreprises devraient se financer en empruntant à des taux plus élevés, ce qui entraînerait potentiellement une réduction des bénéfices. 

Pour les épargnants, une remontée des taux n’est pas non plus sans conséquences. Voici ce qu’il se passerait pour un épargnant qui aurait investi dans une obligation d’État à 5 ans, avec un coupon1 de 1 %. Après 5 années, il obtient 5 % de plus-value sur son obligation (1 % par an). Si les taux du marché augmentent de 1 %, la valeur de son obligation n’est plus que de 95 % de sa valeur d’origine, soit un manque à gagner de 1 % par an. En revanche, si un second épargnant choisi d’investir dans la même obligation après la hausse des taux, il obtiendra 2 % de plus-value par an, soit 10 %. La conséquence est évidente : en cas de remontée des taux, les épargnants vont attendre de futures hausses de taux avant d’investir en espérant des gains futurs supérieurs. Les États et entreprises qui émettent des obligations ont alors plus de mal à vendre leurs obligations et peuvent éprouver des difficultés à se financer via ce système. 

Quel potentiel pour les marchés actions dans un contexte de remontée des taux ?

Les marchés actions ne devraient pas souffrir outre mesure d’une remontée des taux directeurs des banques centrales, à condition que ceux-ci ne remontent pas de trop. Il faut garder à l’esprit que si la Fed ou la BCE augmentent leurs taux, c’est avant tout parce que les perspectives économiques sont bonnes. Or pour les marchés, les perspectives de résultat des entreprises sont le véritable moteur : si les perspectives sont bonnes, les marchés boursiers devraient conserver une tendance haussière.  

1 Coupon : Lorsque des entreprises ou des États empruntent sur les marchés financiers, ils émettent des obligations. Les investisseurs les achètent en échange d’un coupon qui représente les intérêts à verser, calculés selon les caractéristiques de l’obligation. 

Propos recueillis entre le 3 et le 4 juin 2021.  

Les perspectives mentionnées sur ce site sont susceptibles d’évolution et ne constituent pas un engagement ou une garantie de la part de Natixis Investment Managers International. 

Les analyses et les opinions mentionnées dans le présent document représentent le point de vue de (des) l’auteur (s) référencé(s). Elles sont émises à la date indiquée, sont susceptibles de changer et ne sauraient être interprétées comme possédant une quelconque valeur contractuelle. 

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