Expertise 10.06.21

Marchés émergents : les obstacles à la surperformance

La crise sanitaire risque d’empêcher les pays émergents de surperformer. Pour autant, leur attrait à plus long terme n’est pas remis en question. Cet article est issu de propos recueillis auprès d’Etsy Dwek.

La notion de “marchés émergents” désigne les pays en développement offrant des opportunités pour les investisseurs (Argentine, Egypte, Pologne, Thaïlande, etc…). Les pays dont le dynamisme économique et démographique alimente un potentiel de croissance supérieur à celui des pays développés, sont généralement considérés comme des pays émergents. 

La réalité de la crise sanitaire de la COVID-19 

Depuis la fin de l’année 2019, et tout au long de l’année 2020, de nombreux pays émergents, notamment en Asie, ont réussi à mieux appréhender la pandémie et avoir été « sans Covid » pendant la majeure partie de l’année dernière.  

Malheureusement, les processus de vaccination ont été ralentis dans ces territoires, laissant les pays vulnérables à des clusters et à des nouvelles restrictions, comme nous le constatons à travers l’Asie.  

Ailleurs, outre les situations terribles observées en Inde et au Brésil, la pandémie continue. La vaccination dépendant d’autres pays, et vu des larges populations devant être vaccinées, des défis continueront certainement de persister encore un certain temps, suggérant alors un report de la réouverture et une croissance plus faible.  

Une crise différente des précédentes  

Malgré les défis, il existe également un certain nombre de notions préconçues qui ne sont plus valables aujourd’hui. En 2020, les économies émergentes ne se trouvent pas dans la même situation que celle des crises passées. 

Leurs niveaux de dette et de déficit sont plus faibles et sont devenus moins exposés aux fluctuations du dollar depuis que les émissions de dette en monnaie locale ont augmenté pour les États. De leurs côtés, les niveaux d’endettement se sont améliorés, malgré des systèmes bancaires pas particulièrement sains.  

La dépendance indéniable des pays émergents à la Chine 

Le principal moteur de la croissance et de la performance des marchés émergents est la Chine. Toutefois, sa croissance devrait ralentir vers la fin de l’année. La croissance du crédit freine, de même que le marché immobilier, même si la liquidité reste abondante pour l’instant. Déjà, l’expansion budgétaire était beaucoup plus faible que dans d’autres grandes économies.

Les économies émergentes étant, quant à elles, dépendantes de la croissance chinoise pour leurs exportations, le complexe des marchés émergents devrait prendre plus de temps pour se redresser si la croissance chinoise ralentit au moment où elles se relèvent. Enfin, le ralentissement de la croissance chinoise représente un défi pour les pays producteurs de matières premières, la majeure partie de la demande venant en effet de Chine… 

Des opportunités à long terme  

Il est clair qu’un certain nombre d’obstacles demeurent sur la voie de la surperformance des marchés émergents dans les mois à venir. Mais cela ne signifie pas qu’ils ne soient pas une bonne proposition à long terme. Nous prévoyons toujours une croissance plus forte que celle des marchés développés et une amélioration des bénéfices sur le long terme.

En outre, un certain nombre de « gagnants » devraient sortir de la pandémie.

Le Mexique n’a pas fait de très grosses dépenses budgétaires. Ses soldes restent sains, et il devrait bénéficier de la forte croissance américaine et de sa réouverture, ainsi que de la relocalisation des chaînes d’approvisionnement.  

La Corée du Sud et Taïwan devraient, quant à eux, profiter de leurs secteurs technologiques et de la demande de semi-conducteurs.  

A l’inverse, un certain nombre de pays sont confrontés à des situations particulières, suggérant que la sélectivité reste clé. 

La Turquie, du fait des tensions persistantes avec l’Occident et de l’instabilité politique devrait rester un sujet de préoccupation, appuyé par une mauvaise gestion de la pandémie.

Au Brésil, la situation politique est également compliquée, même si l’on espère un rebond de ses actifs à court terme.

Pour l’instant, nous voyons davantage d’opportunités dans les obligations d’entreprises émergentes en devise forte, où les spreads1 ont un potentiel de resserrement supplémentaire, surtout si nous avons déjà vu l’essentiel de l’évolution des taux américains. Nous pensons également que les obligations d’entreprises présentent des indices plus intéressants que les obligations souveraines en termes de diversification géographique et d’exposition sectorielle, avec une plus grande attention portée à l’Asie où nous voyons des opportunités de rendement intéressantes. 

1 Spread : Le spread est égal à l’écart entre le taux de rendement d’une obligation et celui d’un emprunt « sans risque » de même durée. Il représente le supplément de rémunération (la « prime de risque ») que l’émetteur doit offrir à l’investisseur pour rémunérer le risque qu’il prend en investissant dans son titre. Plus l’investissement est risqué, plus la prime de risque offerte doit être élevée. Source : site de l’AMF.

Propos recueillis en mai 2021 auprès d’Esty Dwek, Responsable de la stratégie de marchés chez Natixis IM Solutions. Les analyses et les opinions mentionnées ci-dessus représentent le point de vue de l’auteur. Cet article ne constitue pas un conseil en investissement ni une recommandation ou une offre d’achat ou de vente de titres. 

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