Expertise 27.07.21

Les banques centrales et le changement climatique

L’économie et nos politiques sont de plus en plus confrontées à la question du changement climatique et de la transition écologique. Les banques centrales, quant à elles, n’ont plus d’autres choix que de mettre en place des outils puissants afin d’infléchir les comportements et la capacité des acteurs privés et publics à tenir compte des engagements passés pour garantir la stabilité financière. Mais ces dernières ont encore du mal à appréhender ce changement de la même manière. Selon Philippe Waechter, “si la BCE veut l’inscrire dans son ADN, la Federal Reserve américaine est beaucoup plus réservée, comme l’est la Banque Centrale de Chine populaire”.

Le changement climatique, un enjeu en plein cœur des débats économiques et sociétaux

L’organisation météorologique mondiale (une institution spécialisée de l’ONU) en est persuadée : la température moyenne du globe, pour les 5 prochaines années, est à 1.5°C au-dessus de la température moyenne de la période préindustrielle, un seuil à ne surtout pas dépasser afin d’éviter des effets trop marqués et irréversibles du changement climatique.

Ce chiffre résume bien l’urgence. Le changement climatique que nous connaissons depuis déjà quelques années est devenu la question majeure pour l’ensemble des citoyens dans le monde.

Si les politiques sont déjà engagées dans ces questions, notamment à travers l’accord sur le climat négocié à Paris en 2015 lors de la COP 21 et signé en avril 2016, “le respect par les entreprises de l’environnement va être de façon de plus en plus marquée, un facteur de discrimination” selon Philippe Waechter.

Le changement climatique au cœur de la stratégie de la Banque centrale européenne

Après avoir favorisé pendant quelques années le retour de la croissance et s’être armé efficacement contre les risques sur l’activité et l’emploi, les banques centrales s’attaquent à un nouveau défi : la transition environnementale.

Lors de la conférence “Green Swan” organisée récemment par la Banque des Règlements Internationaux (BRI) sur cette problématique, Christine Lagarde n’avait pas hésité à reprendre les mots de Jacque Chirac, prononcés en 2002 lors du Sommet de la Terre à Johannesburg : “Notre maison brûle et nous regardons ailleurs” pour affirmer ensuite que la BCE ne reproduira pas cette action et sera actrice de la lutte contre le changement climatique.

En effet, pour Philippe Waechter, ce facteur peut “entraver la transmission de la politique monétaire en induisant de l’instabilité financière s’il n’est pas bien pris en compte”.

Une inquiétude moins partagée par les autres banques centrales

Si la BCE n’a aucun compte à rendre et n’est pas enserrée dans un rapport de force trop contraignant avec les différents gouvernements de la zone euro, ce n’est pas le cas de toutes les banques : Yi Gang indique que bien que la Banque de Chine souhaite que chaque citoyen prenne conscience du risque associé au changement climatique, elle n’en sera pas pour autant un acteur dans cette bataille. De son côté, Jay Powell, gouverneur de la banque fédérale américaine (Fed), affirme clairement que l’urgence climatique n’est pas inscrite dans le mandat de cette dernière. Pour lui, c’est au gouvernement de prendre des engagements et des mesures.

Pour Philippe Waechter, cette différence entre les banques centrales ne sera pas sans conséquences puisque les fonctions de réactions seront différentes : “l’intégration de paramètres liés au changement climatique va altérer la relative homogénéité constatée entre les banques centrales”.

Les capacités d’actions d’une banque centrale en matière environnementale

Face au changement climatique, la situation du banquier central est modifiée sous trois aspects.

Le premier concerne la définition d’un nouvel équilibre prenant en compte le changement climatique. En effet, l’échelle temporelle de cette problématique est beaucoup plus longue que celle du cycle conjoncturel dans lequel s’inscrit l’action de la banque centrale. Ainsi, ces dernières devront disposer d’une fonction de réaction tenant compte des différents horizons : “le court terme pour la gestion de la conjoncture monétaire en phase avec l’environnement économique et le long terme pour appréhender les impacts du changement climatique”.

Le second point est celui de l’action. Les banques centrales disposent d’outils qui peuvent être particulièrement puissants pour accélérer la lutte contre le changement climatique et faciliter la transition énergétique. Ainsi, depuis quelques années déjà et pour beaucoup d’entreprises dans le cadre de l’Union européenne, des bilans carbone s’imposent afin de bénéficier d’avantages dans la gestion de leurs liquidités.

Enfin, le dernier aspect concerne la surveillance des déséquilibres issus du passé. Les banques ont financé largement la recherche, l’exploration et l’exploitation des énergies fossiles. Dans la transformation à venir de l’économie vers la transition énergétique, ces engagements pourront porter des risques plus importants que ceux anticipés lors de la mise en place de ces financements. Dès lors, dans le cadre de la surveillance de la stabilité financière, les banques centrales pourront alors exiger des fonds propres plus importants.

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Les analyses et les opinions mentionnées représentent le point de vue de l’auteur référencé. Elles sont émises à la date indiquée, sont susceptibles de changer et ne sauraient être interprétées comme possédant une quelconque valeur contractuelle.

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