Expertise 23.04.20

Covid-19 : pourquoi le risque d’hyperinflation reste faible ?

Dans un contexte de soutien massif à l’économie comme celui que nous vivons actuellement, les observateurs craignent une résurgence de l’inflation. Dans le cas de la crise du covid-19 que nous traversons, ce risque nous semble mesuré. Voici pourquoi.

Pourquoi craint-on une hausse de l’inflation en général ? 

En cours d’économie de terminale, on apprend une chose simple : augmenter la masse monétaire conduit à une augmentation de l’inflation. Ce qui fait craindre aujourd’hui une hausse de l’inflation, c’est que les banques centrales, pour soutenir le ralentissement de l’activité et compenser les pertes de revenu, injectent justement beaucoup d’argent dans l’économie.  

Il ne faut pourtant pas craindre une inflation modérée (autour de 3 %) qui est un signe de bonne santé de l’économie. Elle indique que les prix augmentent, les salaires également et, pour faire très court, elle entretient la bonne tenue des échanges et donc la croissance.  

Ce qu’il faut craindre en réalité, c’est l’hyperinflation, un cercle vicieux très difficile à enrayer qui fait perdre toute valeur à la monnaie. 
 

La crise du Covid-19 ne réunit pas les conditions menant à l’hyperinflation 

D’une part, il y a un frein structurel à l’inflation dans la plupart des grandes économies mondiales que les banques centrales essaient de lever, en vain, depuis longtemps. Ce frein est lié à la fois au vieillissement de la population (donc moins dépensière) et à la baisse tendancielle des prix (ce qu’on appelle l’effet Amazon). Ces paramètres ne changent pas avec la politique de relance massive opérée en ce moment. D’ailleurs, la relance suite à la crise de 2008, bien que de moindre ampleur, n’a pas généré d’inflation. 

D’autre part, nos souvenirs de cours de terminale sont incomplets et l’injection de masse monétaire ne suffit pas à elle seule à générer de l’inflation. Il faut pour cela qu’elle soit doublée d’une accélération de la vélocité de la monnaie, c’est-à-dire une hausse des échanges. Or dans la conjoncture actuelle, on assiste plutôt à une baisse des échanges et donc à un ralentissement de la vélocité monétaire. Les mesures des banques centrales viennent plutôt remplacer des pertes de revenus que générer de nouvelles dépenses. Même en sortie de confinement, il est probable que la plupart des acteurs économiques resteront prudents. Le risque d’inflation est donc très modéré. 

Ce qu’il faut surveiller… 

Même si les experts “Mon Épargne et Moi” considèrent que le risque d’inflation est limité, il s’agit de surveiller quelques paramètres.  

Tout d’abord le timing. Si les politiques de relance restent très agressives quand la situation sera revenue “à la normale”, on pourrait assister à une explosion de la demande et donc une hausse très forte des prix. C’est toutefois peu probable. 

Ensuite, l’épidémie de Covid-19 pourrait mener à un mouvement de démondialisation, soit de relocalisation de la production, au moins sur certains secteurs clés (défense, santé par exemple). L’augmentation des coûts de production qui en découlerait pourrait elle aussi faire augmenter les prix, et donc l’inflation. Mais il s’agit d’une perspective de long terme. 

Enfin, il est possible que les marchés réagissent à la peur de l’inflation, même si elle est exagérée. Nos experts gardent donc un œil sur les obligations indexées sur l’or et l’inflation. 

Propos recueillis entre le 14/04/2020 auprès d’Esty Dwek, Responsable de la stratégie de marchés chez Natixis IM Solutions. Les analyses et les opinions mentionnées ci-dessus représentent le point de vue de l’auteur. Cet article ne constitue pas un conseil en investissement ni une recommandation ou une offre d’achat ou de vente de titres.

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