Expertise 26.07.21

L’élection de Joe Biden marque-t-elle une nouvelle ère pour le climat ?

A peine investi, Joe Biden annonçait le retour des États-Unis dans l’Accord de Paris, marquant ainsi le début d’une nouvelle ère climatique aux États-Unis et une course globale à la transition vers une économie à émission nette zéro.

Dans quelle mesure l’élection de Joe Biden change-t-elle la donne aux États-Unis en termes de politique climatique ?

Selon Nathalie Wallace et Mathilde Dufour, “l’élection de Joe Biden a changé la dynamique en matière de climat, mais également en termes d’économie, de géopolitique et de création d’emplois”. L’administration Biden a ainsi inscrit le Climat parmi les priorités de son agenda politique intérieur[1], et a affiché pleinement son ambition de “verdir” l’économie américaine en dévoilant un plan de recherche et d’innovation historique de 325 milliards $4 en avril 2021.

C’est également une politique qui se veut structurelle, puisqu’une « économie verte » a trois objectifs interconnectés et interdépendants : renforcer la croissance économique en finançant les bonnes technologies et en développant les compétences des travailleurs, réduire la pauvreté en faisant baisser le taux de chômage, en améliorant l’exclusion et l’égalité, et limiter les émissions de gaz à effet de serre.

Enfin, ces initiatives s’ajoutent à une dynamique positive amorcée en 2019 puisque les Etats-Unis ont, pour la première fois de leur histoire, consommé plus d’énergies renouvelables que de charbon[2] – notamment grâce à la baisse continue du prix de l’énergie solaire et éolienne.

Les États Unis ont toutefois un retard à rattraper et d’autres pays, notamment la Chine, ont pris une longueur d’avance.

L’Aigle et le Dragon vont-ils une nouvelle fois se mesurer l’un à l’autre ?

En effet, la Chine n’a pas attendu pour agir : entre 2010 et 2020, elle a dépensé deux fois plus que les États-Unis sur des mesures en faveur du climat, soit 1200 milliards de dollars contre 600 milliards aux États-Unis[3].

La Chine domine également le marché mondial en termes de production de véhicules électriques et de batteries. 77% de la capacité installée en batteries lithium-ion se situe en Chine en 2020, contre seulement 10% aux États-Unis[4]. Néanmoins, les États-Unis sont bien positionnés pour combler leur retard, avec une nouvelle volonté politique de réduire de moitié les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2005, de mettre en œuvre de l’électricité zéro carbone d’ici 2035 et d’atteindre une énergie 100% verte d’ici 2050[5] .

Comment l’Europe est-elle positionnée ?

L’Europe endosse un rôle de leader au niveau réglementaire et politique : elle dispose de la réglementation verte la plus avancée au monde et bénéficie d’une longueur d’avance en termes de décarbonisation. En effet, la part des renouvelables dans la consommation globale d’énergie en Union Européenne a connu une très forte croissance et s’élève à près de 20% en 2020, contre 9,6% en 2004. L’objectif européen est d’arriver à 32% d’ici 2030[6].

La mise en place du « Green New Deal» (ou Pacte Vert) est également un signal fort, puisqu’il traduit une stratégie de biodiversité à horizon 2030[7], mais également une neutralité carbone à l’échelle du continent d’ici 2050[8]. Cela implique des investissements conséquents, et la Commission prévoit de débloquer 20 milliards d’euros par an.

Cette initiative est venue se greffer au plan de soutien face à la crise sanitaire, Next Generation EU, un instrument financier exceptionnel et temporaire représentant 750 milliards d’euros de financements supplémentaires levés sur les marchés pour la période 2021-2024[9]. Enfin, Next Generation EU et le cadre financier pluriannuel de l’UE permettront de dégager 1 850 milliards d’euros afin de redémarrer l’activité et assurer le redressement des économies européennes[10].

La portée de ces initiatives a été renforcée en avril 2021, avec l’accord provisoire sur la loi européenne sur le climat, transformant l’engagement politique de devenir le premier continent neutre en carbone d’ici 2050 en un engagement légal. Cette loi entérine l’objectif de l’UE de réduire ses émissions nettes de 55% entre 1990 et 2030.

Nous observons pour la première fois de l’histoire un réel alignement mondial autour d’un seul objectif : une planète plus verte, et il est permis de penser que nous sommes à l’aube d’une nouvelle ère climatique.

Sources

Les analyses et les opinions mentionnées représentent le point de vue de l’auteur référencé. Elles sont émises à la date indiquée, sont susceptibles de changer et ne sauraient être interprétées comme possédant une quelconque valeur contractuelle. 


[1] https://www.whitehouse.gov/briefing-room/presidential-actions/2021/01/27/executive-order-on-tackling-the-climate-crisis-at-home-and-abroad/

[2] Source: US Energy Information Administration, 2020

[3] BofA Global Research, Thematic Investing, Climate wars. Février 2021

[4] BofA Global Research, Thematic Investing, Climate wars. Février 2021

[5] https://joebiden.com/climate-plan/

[6] European Commission, Eurostat

[7] https://ec.europa.eu/info/strategy/priorities-2019-2024/european-green-deal_fr

[8] https://ec.europa.eu/info/strategy/priorities-2019-2024/european-green-deal_fr

[9] https://www.mirova.com/sites/default/files/2020-10/ENMirovaAlpha5.pdf

[10] https://www.mirova.com/sites/default/files/2020-10/ENMirovaAlpha5.pdf

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